2001 - DONNIE DARKO

de Richard Kelly (USA)

Avec Jake Gyllenhaal, Mary McDonnell, Drew Barrymore, Katarine Ross, Patrick Swayze, James Duval, Holmes Osborne


Pour son premier long-métrage, Richard Kelly s’est attaqué à une œuvre assez troublante, à mi-chemin entre l’épouvante, la science-fiction et le drame social. L’adolescent qui donne son nom au film (interprété par Jake Gyllenhaal) souffre de troubles psychiatriques depuis de nombreuses années. Son cadre familial est plutôt stable, entre deux parents aimants et deux sœurs complices, et son niveau scolaire des plus satisfaisants. Mais il a des hallucinations de plus en plus fréquentes, notamment celles d’un ami imaginaire du nom de Frank qui a les allures d’un lapin en peluche géant arborant un horrible faciès squelettique. 

Cet inquiétant messager incite Donnie à perpétrer des actes violents, notamment l’inondation de son école et l’incendie d’une maison, et lui annonce la fin du monde dans vingt-huit jours. Plus le récit avance, plus il devient probable que Frank existe réellement, et qu’il s’agit d’un jeune homme affublé d’un costume d’Halloween… Si ce n’est qu’il semble appartenir à un autre espace-temps, et qu’il ne sera physiquement tangible que plus tard. Car c’est bien de paradoxes temporels qu’il est question ici. Comme en témoignent cet ouvrage baptisé « La Philosophie des Voyages dans le Temps » écrit par une scientifique devenue folle, ces discussions entre Donnie et son professeur de physique à propos des théories de Stephen Hawkins, ou encore ces allusions à Retour vers le Futur

Les paradoxes temporels permettraient donc à priori de boucler l’intrigue à l’issue du mois fatidique, et expliqueraient peut-être l’intrusion incongrue de ce réacteur d’avion venu s’écraser sur la maison de la famille Darko. Car l’appareil à qui appartient cette imposante « pièce détachée » demeure introuvable. Sans doute est-ce parce qu’il ne faut pas le chercher dans l’espace mais dans le temps. Les troubles de Donnie ne vont pas à s’arrangeant. Bientôt, il est frappé de visions récurrentes dans lesquelles des tunnels s’ouvrent dans la poitrine des gens. Tout ça ne l’aide guère à construire une idylle avec la jolie Gretchen Ross (Jena Malone). Le film de Kelly accumule ainsi les mystères et les indices insolites. Mais la frustration du public est légitime, car le dénouement, loin de remettre enfin le puzzle dans l’ordre, laisse bon nombre de questions en suspens et ne clôt pas vraiment cette fameuse boucle temporelle.  

Donnie Darko reste donc une énigme dont l’auteur a conservé la clef, rapprochant en cela sa démarche de celle d’un David Lynch, notamment celui de Lost Highway. « Je vois de la science-fiction là où d’autres ne la chercheraient pas, comme dans les films de David Lynch par exemple », nous avouait Richard Kelly. « Certains d’entre eux représentent à mes yeux quelques-uns des films de SF les plus élaborés qui m’aient jamais été donnés de voir. » (1) Et si Donnie Darko reste encore longtemps en tête après son visionnage, c’est moins pour les circonvolutions de son scénario que pour la force de sa mise en scène et la grande conviction de ses comédiens. A ce titre, Jake Gyllenhaal est très étonnant, tout comme les guest-stars qui l’entourent : Drew Barrymore en professeur d’anglais, Katharine Ross en psychiatre, ou encore Patrick Swayze en auteur d’une ridicule méthode de bien-être et de positivisme intérieur, typique des années post-reaganiennes. Car Donnie Darko, dont l’intrigue se situe en 1988, est aussi un véritable flash-back au cœur des années 80, empreint d’un doux mélange de cynisme et de nostalgie.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2009.

© Gilles Penso
Thema:
VOYAGES DANS LE TEMPS