1998 - RING


(Ringu)
de Hideo Nakata (Japon)
avec Nanako Matsushima, Miki Nakatani, Hiroyuki Sanada, Yuko Takeuchi, Hitomi Sato, Yoichi Numata, Yutaka Matsushige 

Le troublant roman de Koji Suzuki, effrayant à souhaits et proche de l’univers de Stephen King, a donné naissance à une prolifique descendance cinématographique, dont ce film posait les premiers jalons. Après la mort de sa cousine Tomoko, la journaliste Reiko entend parler d’une étrange histoire, celle d’une cassette vidéo censée tuer ceux qui l’ont regardée une semaine après le visionnage. L’incrédulité cède le pas à l’inquiétude lorsque l’amie de Tomoko, qui a regardée la vidéo avec elle, meurt exactement en même temps. 

Reiko commence donc à enquêter et regarde à son tour la cassette maudite. Peu à peu, son investigation la mène jusqu’à une jeune fille nommée Sadako Yamamura, accusée comme sa mère de sorcellerie, et morte dans d’étranges circonstances. Le compte à rebours pour la mort se met alors à commencer… En adaptant Suzuki, Hideo Takama et son scénariste Hiroshi Takahashi ont opté pour la fidélité, dans la mesure où le texte initial est très visuel, quasi-scénaristique. La seule grosse différence réside dans le changement de sexe du héros. Ainsi, le journaliste Kazuyuki Asakawa, au comportement relativement machiste dans la prose de Suzuki, s’est transformé ici en Reiko Asakawa, à qui la charmante comédienne Nanako Matsushima prête son visage. Corollaire de ce changement décisif : le second protagoniste n’est plus le meilleur ami d’Asakawa mais son ex-mari. 

Ce choix narratif offre l’indéniable avantage de féminiser le récit – la figure de la femme était très effacée dans le livre – mais entraîne du coup un certain nombre d’incohérences au fil de l’intrigue. En effet, alors que dans le roman le héros laissait sa femme et son enfant au foyer pour pouvoir mener l’enquête, ici, l’enfant reste seul. Qui le garde ? Que fait-il en l’absence de sa mère ? Le scénario ne le dit pas. Ring ménage quelques très efficaces moments d’épouvante, notamment au cours du climax où Sadako attaque Takano en surgissant de l’écran de son téléviseur. Entrée dans la légende, cette séquence horriblement surréaliste procure un délicieux frisson et n’est pas sans évoquer l’un des passages choc du Démons 2 de Lamberto Bava. 

On peut légitimement regretter que la froideur de la mise en scène de Nakata, l’inhibition des émotions de ses personnages et l’austérité de ses dialogues émoussent considérablement le potentiel horrifique du film. A l’exception de la séquence sus-nommée, nous n’avons jamais vraiment peur pour les héros. Un comble pour un tel film. D’autre part, alors que dans le roman les protagonistes accumulaient patiemment chaque indice pour comprendre les origines de la cassette meurtrière, leurs homologues filmiques devinent tout avec une déconcertante facilité, comme s’ils étaient extralucides. Dans ces conditions, il devient difficile de s’identifier à eux. Malgré les scories de son scénario, l’argument de départ de Ring est tellement fort que le film est devenu une référence incontournable du genre, ainsi qu’un véritable objet de culte générant moult séquelles, préquelles, remakes et même plusieurs adaptations sous formes de mangas.

© Gilles Penso
Thema: Sorcellerie, Télévision