1992 - TOYS

de Barry Levinson (USA)
Avec Robin Williams, Michael Gambon, Joan Cusack, Robin Wright, LL Cool J, Donald O’Connor, Arthur Malet, Jack Warden 

En gestation dans l’esprit de Barry Levinson depuis une bonne dizaine d’années, Toys, qu’il co-écrivit avec Valeri Curtin, se concrétisa enfin sous l’égide de la 20th Century Fox au début des années 90. Entre-temps, le cinéaste eut largement l’occasion de faire ses preuves en réalisant quelques perles comme Le Secret de la Pyramide, Good Morning Vietnam et Rain Man. Le scénario de Toys interpelle l’enfant qui sommeille encore chez chaque spectateur adulte, et tire une bonne partie de son inspiration visuelle du courant surréaliste.

Sentant sa fin prochaine, l'excentrique Kenneth Zevo (Donald O’Connor) confie la responsabilité de sa fabrique de jouets à son frère, le général Leland Zevo (Michael Gambon), car il juge ses enfants Leslie (Robin Williams) et Alsatia (Joan Cusack) encore trop immatures. Leland, qui est du genre à utiliser un pistolet pour se débarrasser d’une mouche, se sent pris au piège dans cette entreprise familiale, mais il comprend vite tout le parti qu'il peut en tirer. Il projette en effet de transformer les jouets en armes sophistiquées et de récupérer la passion que les jeunes développent pour les jeux vidéo violents afin de la canaliser vers la réalité militaire. Il trouve un aide de camp idéal, spécialiste du contre-espionnage et du camouflage, en la personne de Patrick (LL Cool J), son propre fils. Tous deux transforment l'usine en véritable camp retranché, avec des zones où n'ont accès ni Leslie ni Alsatia. Désormais, les enfants de Kenneth Zevo, alliés à Gwen Tyler (Robin Wright), une employée de l'usine, vont affronter leur oncle avec leurs propres armes.

Joyeusement anti-militariste, Toys fourmille d'idées passionnantes : les adultes qui se comportent comme des enfants (un domaine dans lequel Robin Williams s’en donne à cœur joie, sous un chapeau melon qui se réfère directement à René Magritte), la profusion inquiétante des jouets guerriers, les conflits mondiaux de plus en plus assimilable à des jeux vidéo (une notion déjà remarquablement illustrée dans Jeu de Guerre de Philip Noyce). Mais Barry Levinson se soustrait souvent à toute rigueur, tant et si bien que la consistance de ses personnages en pâtir, frôlant la caricature, et que les péripéties, par trop excessives, se succèdent sans toujours parvenir à nous captiver.

L’opulente direction artistique, qui n’hésite pas à en faire des tonnes en matière de kitsch, évoque souvent l’univers visuel de Tim Burton, et on se prend à rêver à ce que l'auteur d'Edward aux Mains d'Argent aurait pu tirer d’un tel sujet. Certes, de belles séquences ponctuent Toys, comme la réunion radiographiée des militaires (vus sous la forme de squelettes bottés et casqués) ou la bataille homérique entre les tanks miniatures et les jouets innocents d'un autre âge, par la grâce d’effets spéciaux particulièrement inventifs. Restent quelques décors somptueusement multicolores, œuvre de Ferdinando Scarfiotti qui signa notamment ceux de La Féline, Scarface et Le Dernier Empereur et s’éteignit deux ans après la sortie de Toys. Les cinéphiles les plus attentifs auront repéré une réplique du général Zevo tentant de chasser les jouets rivés contre lui : « Klaatu Barada Nicto», clin d'œil savoureux au Jour où la Terre s'Arrêta.

© Gilles Penso  
Thema: JOUETS