1981 - LE FANTÔME DE MILBURN

 
(Ghost Story)
de John Irvin (USA)
avec Douglas Fairbanks Jr, Melvyn Douglas, Fred Astaire, John Houseman, Craig Wasson, Alice Krige, Patricia Neal

Peter Straub étant un auteur de romans d’épouvante à succès dans les années 80, les studios Universal misèrent beaucoup sur l’adaptation de son best-seller « Ghost Story » et parvinrent à réunir un casting de vétérans assez prestigieux. En tête d’affiche, nous retrouvons donc Fred Astaire (dont ce fut le dernier film), Douglas Fairbanks Jr (Sinbad le Marin), Melvyn Douglas (Bienvenue Mister Chance) et John Houseman (Rollerball). Ces quatre célèbres octogénaires interprètent les principaux notables de la petite ville de Milburn, en Nouvelle Angleterre. 

Fondateurs et membres d’un club qu’ils ont baptisé « société de la chaudrée », ils se réunissent à intervalle régulier pour se raconter des histoires d’épouvante. Bientôt, nos braves vieillards sont harcelés par des cauchemars terrifiants et répétitifs. La situation s’aggrave lorsque David Wanderley, le fils d’un des quatre notables, meurt à New-York dans d’étranges circonstances. Don, le frère jumeau de David, revient alors à Milburn, et dès lors les événements inquiétants se multiplient dans la bourgade. Le temps est donc à la confession. Cinquante ans plus tôt, nos quatre compagnons sont tombés amoureux tous ensemble d’une belle et riche jeune femme du nom d’Eva Galli. Flirtant avec elle à tour de rôle, ils ont involontairement provoqué sa mort au cours d’une soirée trop arrosée. Pour camoufler leur crime, ils ont placé son corps dans une voiture qu’ils ont ensuite immergée dans un lac… Pour découvrir avec horreur que la jeune femme était encore vivante avant son engloutissement ! Désormais, son spectre hante les lieux, bien décidé à exercer sa sanglante vengeance. 

Le Fantôme de Milburn est avant tout un film d’atmosphère, transcendant une intrigue assez convenue par la grâce d’une narration complexe entremêlant les flash-back, d’une mise en scène élégante de John Irvin (Hamburger Hill), d’une photographie somptueuse de Jack Cardiff (Mort sur le Nil), de très beaux matte paintings d’Albert Whitlock (Les Oiseaux) et d’une partition envoûtante signée Philippe Sarde (La Guerre du Feu), laquelle cligne régulièrement de l’œil vers Bernard Herrmann. Ces partis pris artistiques n’empêchent pas la ponctuation du récit par des effets choc extrêmement efficaces, par le biais des maquillages spéciaux de Dick Smith (L'Exorciste) révélant le cadavre d’Eva Galli à différents stades de sa décomposition. 

Horrifiques et furtives, ces visions sont tout à fait en accord avec les codes du cinéma d’épouvante des années 80, plus porté sur le démonstratif spectaculaire que sur la suggestion ambiancée. Le film oscille ainsi entre ces deux courants, comme en témoigne son étonnant casting, car les quatre vénérables vedettes tiennent le haut de l’affiche aux côtés de jeunes espoirs alors méconnus. Notamment Craig Wasson, futur héros claustrophobe de Body Double, qui incarne ici les frères jumeaux victimes de la malédiction de Milburn, et Alice Krige, future reine de Borgs dans Star Trek Premier Contact, qui prête son visage angélique et sa voix rauque à l’inquiétant spectre d’Eva Galli. Elle est la vraie révélation du film, et l’impact de ce Fantôme de Milburn repose en grande partie sur ses jolies épaules.

© Gilles Penso
Thema: Fantômes

BONUS : Dick Smith au travail sur les spectaculaires maquillages spéciaux du film