1978 - LE FAISEUR D'EPOUVANTES



(The Manitou)
de William Girdler (USA)
avec Susan Strasberg, Tony Curtis, Jon Cedar, Paul Mantee, Michael Ansara, Burgess Meredith

Adapté du passionnant roman « Manitou » écrit en 1975 par Graham Masterton, Le Faiseur d’épouvante est le dernier film de William Girdler (Grizzly, Day of the Animals), décédé peu après le tournage du film dans un accident d’hélicoptère. L’histoire, pour le moins originale, prend pour héroïne Karen Tandy (incarnée par Susan Strasberg), qui découvre avec inquiétude qu’une tumeur croit à la vitesse grand V sur sa nuque. Après avoir consulté d’éminents médecins à San Francisco, elle fait une terrible constatation : cette tumeur est un fœtus en pleine croissance ! Et l’être à qui elle va donner naissance bien malgré elle sera la réincarnation de Misquamacus, un sorcier indien vieux de quatre cents ans bien décidé à se dégourdir les jambes. 

Ce film d’épouvante très insolite donne également la vedette à Tony Curtis, dans le rôle d’un voyant charlatan du nom d’Harry Erskine, ex-fiancé de l’infortunée « porteuse » du manitou vengeur. Pour aider cette dernière à se débarrasser du monstrueux parasite, Erskine fait appel à un spirite qui répond au doux nom de John Singing Rock. Sans aller aussi loin que les horreurs décrites dans le roman de Masterton (très influencé par l’univers d’H.P. Lovecraft avec le réveil d’un démon millénaire et tentaculaire baptisé « Le Grand Ancien »), Girdler se permet tout de même quelques débordements gore orchestrés par l’expert en maquillages spéciaux Tom Burman (L’île du docteur Moreau, L'Invasion des Profanateurs). On se souviendra notamment de ces instruments chirurgicaux acérés qui viennent se planter dans le visage de Singing Rock, de ces deux policiers éventrés et accrochés par leurs tripes à l’intérieur d’un ascenseur, ou encore de l’éprouvante séquence de résurrection de Misquamacus qui arrache les chairs de Karen Tandy pour voir enfin le jour. 

D’autres séquences choc, moins sanglantes mais tout aussi mémorables, émaillent le film, notamment la séance de spiritisme orchestrée par Erskine au cours de laquelle la tête du Manitou finit par émerger du centre de la table, fidèlement reprise au roman initial et rythmée par une partition de Lalo Schifrin alors en pleine expérimentation (l’année suivante il allait composer la bande originale d’Amityville la Maison du Diable). Le sorcier du film est une espèce de gnome hideux à la peau reptilienne et aux traits ratatinés, et ses méfaits dans l’hôpital, successifs à sa renaissance violente, provoquent de curieux phénomènes climatiques, notamment une chape de froid et de glace qui recouvre l’intégralité des lieux. 

Quant au final, il se déroule carrément dans l’espace, comme pour sacrifier à la mode du space opéra relancée à l’époque par La Guerre des Etoiles. Hélas, les effets visuels ne sont pas à la hauteur des intentions de ce climax, malgré l’audacieuse utilisation avant-gardiste de trucages holographiques pour donner corps à un démon appelé « Le Lézard des Arbres ». Les lecteurs du roman furent d’ailleurs frustrés de ne pouvoir découvrir sur grand écran la plupart des monstres démoniaques décrits par la plume inspirée de Masterton, lequel donnera plusieurs suites à « Manitou » : « La Vengeance du Manitou », « L’Ombre du Manitou » et la nouvelle « Le Retour du Manitou. »

© Gilles Penso
Thema : Sorcellerie