1977 - LE CERCLE INFERNAL

 
(The Haunting of Julia / Full Circle) 
de Richard Loncraine (Grande-Bretagne)
avec Mia Farrow, Keir Dullea, Tom Conti, Jill Bennett, Robin Gammell, Cathleen Nesbitt, Anna Wing, Edward Hardwicke 

Neuf ans après Rosemary’s Baby, six ans après Terreur Aveugle, Mia Farrow prête une fois de plus son joli visage androgyne à un drame viscéral nimbé d’épouvante. Œuvre rare, écrin de l’une des meilleures prestations de la comédienne, seul véritable titre de gloire de son réalisateur Richard Loncraine, Le Cercle Infernal adapte le roman « Julia » de Peter Straub, dont il reprend fidèlement la trame et l’atmosphère anxiogène. Dès les premières minutes, le ton est donné. Une scène banale de petit déjeuner vire à l’horreur lorsque la jeune Kathy s’étouffe en mangeant une pomme, face à deux parents désemparés et parfaitement incapables de la sauver. 

Cette mort brutale est d’autant plus éprouvante qu’elle est traitée de manière réaliste, sans fioriture. Richard Loncraine nous annonce ainsi la substance de sa mise en scène, empreinte de classicisme et d’élégance, privilégiant les mouvements de caméra amples, suivant les comédiens au plus près de leurs évolutions, n’hésitant jamais à les sertir de gros plans implacables jusqu’à frôler la claustrophobie. A l’avenant, la photographie douce et les lumières diffuses du chef opérateur Peter Hannan cultivent ce sentiment de fausse sérénité, tout comme la bande originale mélancolique de Colin Towns. Après la mort de sa fille, Julia sombre dans la dépression et échoue dans une chambre d’hôpital. Une fois sur pied, elle refuse de rentrer chez elle et prend la fuite, en quête d’un nouvel environnement, d’un nouveau quartier, d’une nouvelle maison… 

Le traumatisme semble avoir agi comme un révélateur sur une vie de couple faite de convenances et de faux-semblants. Son époux Magnus (Keir Dullea, le héros de 2001 l'Odysée de l'Espace) l’aimait-elle encore ? « Il était très important que je prenne un nouveau départ pendant que j’en avais encore le courage » explique-t-elle à sa belle-sœur Lily. Lorsque Julia visite sa nouvelle demeure, elle y découvre une ancienne chambre d’enfant avec de vieux jouets cassés. Dès lors, sa fêlure s’accroît. Comme le confirment ces visions furtives devant une école ou dans un square, où elle croit apercevoir l’espace d’une seconde la silhouette de sa défunte fille. Or il semblerait que sa maison ait elle aussi été le théâtre d’un drame passé, lié à la disparition d’une autre petite fille et à la mort d’un jeune garçon. 

Les pièces du puzzle s’assemblent ainsi une à une, au fil de l’enquête que mène Julia avec opiniâtreté, jusqu’à l‘invraisemblable vérité. Lorsque Richard Loncraine nous livre l’ultime plan de son film, c’est un choc d’un nihilisme absolu qu’il assène à ses spectateurs, l’effet de malaise étant une fois de plus accentué par la douceur avec laquelle s’affiche ce douloureux épilogue. Et, comme toutes les œuvres majeures ayant abordé avant lui le thème de la hantise, La Maison du Diable et Les Innocents en tête, Le Cercle Infernal se garde bien d’expliquer fermement et définitivement la nature du fantôme venu tourmenter Julia. La réponse est-elle d’ordre surnaturel ou psychiatrique ? A chacun de trancher, même si le roman initial, adepte lui aussi de l’ambigüité, laissait échapper quelques indices optant plus ouvertement pour une des deux hypothèses.

© Gilles Penso
Thema : Fantômes

BONUS : Un poster alternatif du film