1988 - CRITTERS 2

 

de Mick Garris (USA)
Avec Terrence Mann, Don Opper, Cynthia Garris, Scott Grimes, Al Stevenson, Tom Hodges, Douglas Rowe 

Pour amusant qu’il soit, le premier Critters ne volait guère au-dessus des pâquerettes, multipliant à outrance les invraisemblances scénaristiques et les séquences absurdes. Que pouvait-on espérer d’une séquelle ? Pas grand-chose, assurément. Et c’est là que David Twohy et Mick Garris, respectivement scénariste et co-auteur/réalisateur de Critters 2, nous prennent par surprise, concoctant une série B savoureuse bourrée d’inventivité et de bonnes idées. Futurs auteurs respectifs de Pitch Black et La Nuit Déchirée, Twohy et Garris se lancent un défi incroyable et pour le moins remarquable : non contents d’imaginer une toute nouvelle intrigue riche en rebondissements, ils gomment méthodiquement toutes les incohérences de l’épisode précédent en répondant aux questions paresseusement laissées en suspens par leurs prédécesseurs. 

Désormais, les chasseurs de prime polymorphes Ug et Lee, lancés aux trousses des Critters, ont une véritable personnalité, des motivations claires. L’une des trouvailles les concernant est liée à Lee, qui ne trouve pas de corps susceptible de lui convenir (alors que dans le premier film, il changeait sans cesse d’apparence sans aucune explication logique). D’où ces scènes hilarantes au cours desquelles il se mue en bimbo sculpturale au décolleté affriolant (Cynthia Garris, épouse du réalisateur) puis en citoyen binoclard au sourire béat (l’inimitable Eddie Deezen). L’indécis alien manque même de se muer en Freddy Kruger face à une affiche de vidéo-club !  Le héros du film précédent, toujours incarné par Scott Grimes et désormais collégien, s’est considérablement épaissi, le jeune comédien gagnant du coup en assurance et en conviction (à l’âge adulte, Grimes deviendra acteur récurrent des séries Band of Brothers et Urgences). 

L’intrigue elle-même est savoureuse, puisqu’elle se situe pendant les fêtes de Pâques, en pleine distribution d’œufs en chocolat dans la petite bourgade de Grover’s Bend. Or les œufs des Critters se mélangent avec ceux qui sont joyeusement cachés dans les jardins, prélude à une série de sanglants quiproquos. L’humour est donc omniprésent dans cette séquelle, mais sous un jour référentiel et avec un amour manifeste du genre qui rapproche la démarche de Mick Garris de celle de Joe Dante. On trouve d’ailleurs dans le film des références à quelques « classiques » de la SF tels Le Cerveau de la Planète Arous ou la série Au-delà du réel

Grâce à un budget revu à la hausse (quatre millions et demi de dollars au lieu des deux millions du premier Critters), Garris et Twohy se permettent une poignée de séquences folles et diablement généreuses, comme ce climax d’anthologie au cours duquel tous les monstres, assemblés les uns aux autres, se muent en gigantesque boule velue et vorace qui dévale les rues de Grover’s Bend, mue les infortunés humains qu’elle croise en squelettes pantelants et prend en chasse la voiture des héros ! Alors certes, Critters 2 n’est ni Le Blob de Chuck Russell, ni le Tremors de Ron Underwood, mais il se classe sans difficulté comme l’un des plus sympathiques films de monstres de la fin des années 80. 

© Gilles Penso

BONUS : Stephen Chiodo et un visage de Critters