1985 - GHOULIES

 

de Luca Bercovici (USA)
Avec Peter Liapis, Lisa Pelikan, Michael des Barres, Jack Nance, Peter Risch, Tamara de Treaux, Bobbie Bresse

Toujours à l’affût des succès du moment, Charles Band demanda au scénariste et réalisateur Luca Bercovici de plancher en vitesse sur une imitation de Gremlins. Le résultat de ces réflexions donna naissance à Ghoulies, un film d’horreur sans prétention pour lequel Band convoqua quelques-uns de ses collaborateurs artistiques réguliers, notamment le concepteur d’effets spéciaux John Carl Buechler et le compositeur Richard Band. Au cours du prégénérique, un bébé est sauvé de justesse du sacrifice rituel auquel le destinait une cérémonie sataniste dirigée par un Rutger Hauer du pauvre équipé de verres de contact verdâtres. 

Quelques années plus tard, ignorant tout de ce passé tumultueux, le bébé est devenu un jeune homme, Jonathan Graves, qui hérite d’un château gothique et décide de s’y installer avec sa petite amie. Pour pendre leur crémaillère, nos deux tourtereaux organisent une petite fête dans leur vaste demeure, et la galerie d’adolescents abrutis estampillés « années 80 » qui nous est alors offerte vaut à elle seule son pesant de cacahuètes. Tout y est : le junkie coiffé comme Kiefer Sutherland qui danse le smurf, le séducteur écervelé au regard bovin et au look de Matt Dillon, les bimbos hilares… A un stade avancé de la soirée, les idées pour prolonger les festivités s’épuisent. Un Trivial Pursuit ? Un Strip Poker ? Jonathan opte finalement pour une messe noire. Devant ses amis incrédules, le maître des lieux invoque ainsi des démons d’un autre âge, mais ses tentatives semblent vaines. Sauf qu’une fois que tout le monde a regagné ses pénates, un monstre fait son apparition. 

Mais au lieu de l’effroi escompté, un fou rire difficile à contenir frappe les spectateurs. Car le démon tant attendu ressemble à un étron sur pattes affublé d’un faciès mi-porcin mi-canin, de dents pointues et de lèvres baveuses. Le grognement d’asthmatique qu’il pousse parachève cette vision surréaliste. Les petites marionnettes créées par Buechler sont pourtant attrayantes, chaque « Ghoulie » adoptant des caractéristiques morphologiques différentes (un homme-poisson carnassier, un mixage pataud entre le gorille et le crapaud, une teigne féline et vorace…), mais la mise en scène de Bercovici ne les met franchement pas en valeur. Il faut dire que le scénario part assez vite dans tous les sens, mêlant aux démons miniatures deux nains félons et un sorcier ressuscité, le tout dans le désordre le plus total. 

Le seul véritable mérite de ce script sous acide aura finalement été d’échapper à l’influence de Gremlins (seuls les petits monstres évoquent vaguement les bébêtes de Joe Dante). Le public se distrait donc avec quelques mises à mort improbables (un homme étranglé par la langue démesurée d’une sorcière démoniaque qu’incarne Bobbie Bresee, une femme agressée par un pantin en forme de clown qui abrite un ghoulie géant), jusqu’à ce qu’un climax à la Star Wars ne parachève le ridicule. Car une espèce d’Obi-Wan interprété par Jack Nance surgit soudain pour affronter le grand méchant, qui vient d’avouer au héros qu’il était son père avant de l’inciter à rejoindre le côté obscur de la force ! Quant au faux happy end, c’est probablement l’un des plus grotesques de l’histoire du cinéma.

© Gilles Penso
Thema : DIABLES ET DÉMONS

BONUS : Un Ghoulie goulu