1976 - KING KONG

 

de John Guillermin (USA)
Avec Jessica Lange, Jeff Bridges, Charles Grodin, John Randolph, René Auberjonois, Ed Lauter, Mario Gallo 

Coiffant au poteau le studio Universal, qui envisageait de produire un remake de King Kong le plus fidèle possible au film original, Dino de Laurentiis et la Paramount mirent en chantier cette colossale relecture du mythe créé par Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack en la précédant d’une massive campagne publicitaire. Cherchant de toute évidence à capitaliser sur le succès des films catastrophes de l’époque (d’où le choix du réalisateur John Guillermin, signataire de la mythique Tour Infernale), De Laurentiis se laissa hélas entraîner par une accumulation désarmante de fautes de goût.

Du coup, la douloureuse crise économique de 1933 s’est muée en crise de l’énergie, et c’est donc le pétrole qui attire les protagonistes sur l’île du Crâne. Faut-il y sentir la crainte inconsciente de mettre en scène un cinéaste mégalomane et prêt à tout pour épater son public (Carl Denham en 1933), personnage qui ressemblerait de trop près à Dino de Laurentiis lui-même ? Corollaire de cette révision scénaristique, la comédienne au chômage Ann Darrow est devenue une rescapée de naufrage prénommée Dwan (interprétée par Jessica Lange, qui n’avait visiblement pas encore pris de cours de comédie), et le marin Jack Driscoll s’est mué en chercheur hippie embarqué clandestinement (Jeff Bridges).

Plus que tout, c’est l’absence de poésie, omniprésente chez Schoedsack et Cooper, qui fait ici le plus cruellement défaut, supplantée par un « modernisme » froid et sans charme. La magnifique jungle brumeuse aux allures de gravures de Gustave Doré n’est plus qu’une banale forêt dénuée de créatures préhistoriques, si l’on excepte un ridicule serpent mécanique. Evidemment, l’erreur la plus monumentale reste d’avoir choisi un homme dans un costume pour interpréter Kong, comme dans Konga ou King Kong contre Godzilla. Un robot grandeur nature a certes été fabriqué par Carlo Rambaldi pour certains plans larges, mais il ne fonctionnait pas au moment du tournage, et ne servit finalement que dans une dizaine de plans où il est parfaitement immobile… C’était bien la peine d’investir des millions dans un automate de quinze mètres de haut !

Rick Baker se chargea donc de concevoir une panoplie simiesque qu’il endossa lui-même, les nombreuses annonces publicitaires de l’époque continuant à mentir sur le rôle déterminant du robot géant dans la réalisation du film. Ce triste King Kong reçut pourtant l’Oscar des meilleurs effets spéciaux en 1976. « Le Comité des Nominations des effets visuels, dont je faisais partie, avait d'emblée écarté King Kong et s'était fortement prononcé pour L'Âge de Cristal », nous raconte le concepteur d’effets spéciaux Jim Danforth. « Mais après avoir reçu une lettre visiblement intimidante de Dino de Laurentiis, disant en substance "Allez les gars, reconsidérons cette décision, nous avons dépensé 26 millions de dollars sur ce film…", le Conseil d'Administration a décidé de décerner l'Oscar à King Kong, sans nous demander notre avis ! Le King Kong de 1933 n'avait gagné aucun Oscar, et celui, ridicule, de Dino de Laurentiis en remportait un ! » (1) Un paradoxe regrettable, même si au regard de sa séquelle, l’effroyable King Kong 2, celui-ci passerait presque pour un chef d’œuvre !

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998.

© Gilles Penso
Thema: Singes

BONUS : La fabrication du robot grandeur nature, conçu par Carlo Rambaldi


BONUS : Jessica Lange pose devant "La Bête"


BONUS : Rick Baker se prépare à endosser le costume du singe

BONUS : Les peintures de John Berkeley pour les différents posters du film