SPIDER-MAN AU CINEMA : LE TEST COMPARATIF

A ce jour, deux sagas cinématographiques consacrées à Spider-Man ont vu le jour : celle de Sam Raimi (2002-2007) et celle de Marc Webb (2012-2014). Chacune a ses défenseurs et ses détracteurs, et il est impossible de déterminer objectivement laquelle est la plus réussie des deux. Soyons donc totalement subjectif et comparons le traitement des personnages principaux de ces deux adaptations des aventures créées par Stan Lee et Steve Ditko.

Peter Parker

Chez Sam Raimi, Tobey Maguire est Peter Parker. Difficile d'imaginer un acteur incarner avec autant de justesse le mélange de maladresse, de timidité, de charme et de fausse assurance intrinsèques à cet eternel adolescent devenu super-héros malgré lui. Sans compter une indéniable ressemblance physique entre le comédien et son modèle dessiné. Chez Marc Webb, Andrew Garfield prend le relais. Un choix très discutable, car le "rat de bibliothèque" s'est ici mué en beau gosse roi du skate, rebelle, bagarreur et plein d'assurance. On croirait voir un émule de Flash Thompson, le sportif du lycée qui, dans le comics original, représente justement l'antithèse totale de Peter Parker.

Gwen Stacy

Avouons-le, Sam Raimi est totalement passé à côté de l'éternelle fiancée de Peter. La comédienne Bryce Dallas Howard, grimée en grande blonde évanescente, n'a pas grand-chose à voir avec la délicieuse pin-up dessinée avec amour par John Romita, d'autant que son rôle se cantonne ici à celui d'une rivale insipide de Mary-Jane Watson. Choisie par Marc Webb, Emma Stone s'en sort beaucoup mieux, même si la jeune comédienne traduit mal la fragilité à fleur de peau du personnage original.

May Parker

Sally Fields est une actrice remarquable, mais c'est une erreur de casting manifeste dans le diptyque de Marc Webb. Trop jeune, trop dissemblable de la frêle tante May qu'elle est censée incarner, elle pâlit de la comparaison face à Rosemary Harris, son homologue chez Sam Raimi.

Ben Parker

Même constatation pour oncle Ben. Martin Sheen est impeccable, mais ce n'est pas Oncle Ben, ni dans ses attributs physiques, ni dans son caractère. Plus profond, plus subtil, CLiff Robertson incarne bien mieux l'oncle de Peter Parker, objet de son traumatisme et motivation de ses activités de justicier masqué.

Harry Osborn

Ni James Franco, ni Dane Dehaan ne ressemblent au Harry Osborn frisé, complexé et malingre du comics original. Mais le premier, dans le registre tourmenté et ténébreux, nous touche et nous émeut, là où le second nous laisse froid à cause du maniérisme extrême de son jeu et de l'artificialité de son intégration dans une intrigue chaotique.

George Stacy

Le capitaine George Stacy, père de la belle Gwen, n'a pas été gâté à l'écran. Trop vieux chez Raimi, trop jeune chez Webb, il se contente de survoler des scènes qui auraient mérité bien plus d'intensité. C'est le grand perdant de cette double adaptation.

Curt Connors

L'alter-ego du Lézard fait de petites apparitions chez Sam Raimi, sous l'apparence judicieuse du comédien Dylan Baker, qu'on aurait rêvé de voir se transformer en super-vilain écailleux. Chez Marc Webb, c'est Rhys Ifans qui l'interprète, encore un choix de casting à côté de la plaque. Car le comédien n'a rien à voir avec son modèle dessiné et la sobriété du personnage initial s'est muée en excentricité caricaturale.

Le Bouffon Vert

L'ennemi juré de Spider-Man aurait dû être revêtu d'une combinaison bien plus subtile que l'armure dont l'a affublé Sam Raimi, mais le personnage demeure effrayant, impressionnant et extrêmement bien caractérisé. Tout le contraire de la version Marc Webb, qui opte pour un maquillage grimaçant au lieu du masque original, et se contente de ricaner bizarrement le temps d'une séquence courte et terriblement maladroite.

Bilan ? Sam Raimi a tout compris et - presque - tout réussi. Quant à Marc Webb, il va falloir de toute urgence qu'il se replonge dans les comics originaux pour essayer de saisir l'essence d'un héros qui, visiblement, lui échappe. Bien sûr, cet avis n'engage que celui qui a écrit ces lignes.

© Gilles Penso

Voir aussi :
Spider-Man (2002)
Spider-Man 2 (2003)
Spider-Man 3 (2007)