2013 - LES SORCIERES DE ZUGARRAMURDI


 (Las Brujas de Zugarramurdi)
d’Alex de la Iglesia (Espagne)
avec Javier Botet, Mario Casas, Carmen Maura, Hugo Silva, Carolina Bang, Macarena Gomez, Carlos Areces, Maria Barranco

Pour son onzième long-métrage, le réalisateur le plus déjanté du cinéma espagnol a décidé de plonger en plein sabbat des sorcières au fin fond d’un lieu étrange couvant de terrifiants secrets : le village de Zugarramurdi. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ce nom barbare n’a pas été inventé par Alex de la Iglesia puisqu’il s’agit d’un site emblématique bien réel. « D’après de nombreux historiens, c’est dans ce village que sont nées la sorcellerie et la pratique du Salem, non seulement en Espagne mais probablement sur tout le continent européen », nous raconte le cinéaste. « Dans la grotte de Zugarramurdi se déroulaient des assemblées nocturnes de sorcières et de véritables orgies. J’ai toujours trouvé ça fascinant, et l’idée d’en tirer un film me trottait dans la tête depuis longtemps. » (1) 

Les Sorcières de Zugarramurdi commence sur des chapeaux de roue en empruntant les atours d’un thriller au second degré. Deux hommes respectivement déguisés en Jesus Christ et en soldat profitent de l’affluence d’une place touristique de Madrid pour braquer un magasin d’or. Les choses tournent mal et les gangsters amateurs prennent la fuite avec la complicité involontaire d’un chauffeur de taxi. Ils comptent atteindre la France pour échapper à la police espagnole. Mais à l’approche de la frontière, ils se retrouvent dans le village de Zugarramurdi, repaire d’une famille de redoutables sorcières. Le basculement abrupt de l’intrigue pseudo-policière vers le pastiche débridé de cinéma d’horreur évoque la structure atypique d’Une Nuit en Enfer, mais la comparaison s’arrête là. 

Car là où Robert Rodriguez se livrait à un simple défouloir gore et burlesque marchant allègrement sur les traces de Zombie et Braindead, Alex de la Iglesia laisse émerger derrière la fantaisie et le grain de folie de profondes réflexions sur la condition humaine et sur les relations complexes liant les deux sexes. De prime abord, Les Sorcières de Zugarramurdi semble être une œuvre résolument misogyne, dans la mesure où tous les personnages féminins y sont infréquentables : possessives, dominatrices, manipulatrices, voire psychopathes, satanistes et anthropophages ! Mais ce n’est qu’une façade trompeuse qui, paradoxalement, laisse au contraire s’exprimer une forme inattendue de féminisme. 

« Quand on y réfléchit, il est assez ridicule de taxer Les Sorcières de Zugarramurdi de misogynie », confirme le cinéaste. « En revanche, je peux y reconnaître une certaine forme de misanthropie. Je pense en réalité que les femmes sont supérieures aux hommes à tous points de vue et en sont conscientes. La femme se suffit à elle-même, alors que l’homme a besoin d’elle pour pouvoir exister. Les femmes vivent dans le présent, alors que les hommes sont terrorisés par les erreurs du passé et ont peur de les répéter dans le futur. L’égalité des sexes est donc un mensonge pur et dur. » (2) Pour donner corps à ces arguments de poids, Alex de la Iglesia convoque en fin de métrage une créature femelle monstrueuse qui nous offre un climax totalement délirant et clôt cette œuvre singulière sur un hommage aux films de monstres qui bercèrent l’enfance du réalisateur.

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en novembre 2013.

© Gilles Penso
Thema : Sorcellerie