1990 - CABAL

(Nightbreed)
De Clive Barker (USA)
Avec Craig Sheffer, Anne Bobby, David Cronenberg, Charles Haid, Hugh Quarshie, Hugh Ross, Doug Bradley

Hellraiser avait été une excellente surprise au moment de sa sortie sur les écrans en 1987, générant un véritable culte auprès de la vaste communauté des fans de films d’horreur. Rasséréné par ce succès, le talentueux Clive Barker s’attela dans la foulée à une autre adaptation d’un de ses romans, « Cabal », qu’il porta à l’écran sous le titre Nightbreed (autrement dit « les rejetons de la nuit »). Craig Sheffer y incarne Boone, un jeune homme tourmenté par des cauchemars se situant dans un monde parallèle et souterrain appelé Midian. 

En se confiant au psychiatre Decker (incarné par David Cronenberg, marquant une pause « récréative » entre Faux Semblants et Le Festin Nu), Boone finit par se demander s’il n’est pas sans le savoir le tueur psychopathe recherché par tous les policiers du pays. Bientôt traqué par les autorités, il essaie de retrouver le chemin de Midian qui s’avère être un cimetière abandonné. Mais sous terre, des créatures étranges et changeantes errent à l’abri du regard des humains. L’une d’elles plonge ses crocs dans sa chair, le métamorphosant pour toujours. Ainsi, lorsque Boone est abattu sans autre forme de procès par la police, il revient d’entre les morts et regagne Midian. Sa petite amie Lori (Anne Bobby) fera tout pour le ramener parmi les vivants. Mais elle est suivie de près par Decker, qui semble avoir d’autres objectifs en tête… 

Variante horrifique du mythe d’Orphée dans laquelle les sexes auraient été inversés (comme si cette fois c’est Eurydice qui tentait de ramener son bien aimé des Enfers), Cabal bénéficie d’un incroyable bestiaire conçu par l’atelier de Bob Keen (L’Histoire sans Fin, Highlander, Hellraiser), d’une prestation savoureuse de David Cronenberg qui nous fait regretter la rareté de ses interventions devant la caméra, et d’une partition onirique d’un Danny Elfman très inspiré (alors en pleine vogue grâce à son travail sur Batman). Mais le résultat est décousu, comme s’il s’agissait d’une sorte de brainstorming délirant qui aurait été filmé tel quel, le manque de cohérence de l’univers de Midian ne laissant guère au public la possibilité de mieux l’apprécier. On sait Clive Barker adepte du « premier jet » et de la « création spontanée », notamment à travers ses œuvres picturales. Mais les problèmes structurels de Cabal trouvent probablement leur explication ailleurs. 

Car juste avant la distribution du film en salles, les cadres de la 20th Century Fox, effrayés par les excès sanglants du montage, exigèrent des coupes franches sans souci de préservation de l’essence du travail de Barker. Allégé de la plupart de ses débordements gore, amputé de plusieurs séquences clefs (le métrage est passé de 150 minutes à 100 minutes !), Cabal n’est plus vraiment le film qu’envisageait son auteur. Si l’on ajoute un manque de moyens empêchant à la bataille finale d’atteindre l’ampleur qu’elle méritait et une campagne publicitaire le présentant comme un simple slasher anonyme, on comprend mieux la tiédeur de son accueil par le public et la critique. Mais, comme à peu près tout ce qui touche à Clive Barker, il gagna progressivement ses galons de film culte.

© Gilles Penso 

BONUS : Le poster original


BONUS : Deux créatures en stop-motion coupées au montage