2014 - THE AMAZING SPIDER-MAN : LE DESTIN D'UN HEROS


(The Amazing Spider-Man 2)
de Marc Webb (USA)
avec Andrew Garfield, Emma Stone, Jamie Foxx, Dane Dehaan, Campbell Scott Michael, Embeth Davidtz, Colm Feore

La vaste entreprise d’effacement des mémoires amorcée par le studio Sony avec le premier The Amazing Spider-Man consistait dans un premier temps à faire passer la trilogie de Sam Raimi pour une adaptation vieillotte et dépassée des aventures de l’homme-araignée (alors que sept ans à peine séparent Spider-Man 3 du film de Marc Webb !) et dans un second temps à la faire totalement oublier. Or les fans de la première heure de Peter Parker ne retrouvèrent dans ce reboot inutile ni l’émotion, ni la passion, ni le grain de folie des pages de Stan Lee et Steve Ditko, cette essence que seuls les enfants ayant grandi en lisant le comics original (et dont Sam Raimi fait partie) peuvent tenter de saisir.

Contrairement au père d’Evil Dead, Marc Webb se désintéresse de toute évidence du matériau original, n’appréhendant le personnage de Spider-Man comme rien d’autre qu’un moyen d’entrer dans la cour des grands d’Hollywood, de se faire la main avec de nouveaux joujoux technologiques et d’empocher un gros chèque. Comment interpréter autrement le cynisme glacial et l’ineptie scénaristique de ce second Amazing Spider-Man ? Entre deux scènes d’action dénuées du moindre parti pris de mise en scène et singeant avec quinze ans de retard le « bullet time » de Matrix, Webb attarde sa caméra sur des scènes de dialogues interminables entre Peter Parker et Gwen Stacy qui, condamnés au sur-place émotionnel, se séparent et se rabibochent toutes les cinq minutes. Comment s’attacher à ce super-héros dont toutes les faiblesses intrinsèques (maladresse, timidité, crise d’identité) ont été balayées au profit d’un cabotinage permanent ?

Incapable de faire les bons choix – ou de faire des choix tout court, d’ailleurs – le scénario de The Amazing Spider-Man 2 refuse toute progression dramatique au profit d’un collage de scènes courtes et indépendantes n’en finissant plus de se juxtaposer pendant près de deux heures et demie. D’où la surmultiplication d’enjeux et de super-vilains, du ridicule Electro (un Jamie Foxx sous-exploité qui nous embarrasse avec sa prestation caricaturale d’un technicien extrêmement introverti se muant en sosie du Mister Freeze de Batman et Robin) à l’affreux Bouffon Vert (qui n’intervient que pour combler un trou scénaristique et relancer une intrigue en perte de vitesse) en passant par l’improbable Rhino (relooké façon Transformers le temps d’une apparition éclair totalement gratuite).

Bourré d’incohérences éléphantesques, plombé par une bande originale balourde de Hans Zimmer à base de synthétiseurs et de trompettes (attention les oreilles !), The Amazing Spider-Man 2 cherche à tout prix à caresser le fan/consommateur dans le sens du poil en annonçant les nouveaux personnages (héros, alliés et vilains) des épisodes suivants, et prend ainsi les allures d’une gigantesque bande annonce mixée avec un spot publicitaire (le logo Sony apparaît un nombre incalculable de fois à l’écran). Bref, voilà une belle opération marketing qui devrait remplir les tiroirs-caisses du monde entier. Mais au bout du compte, c’est un grand sentiment de vide qui nous étreint. Vivement le prochain reboot, tiens !

© Gilles Penso
Thema: SUPER-HÉROS, ARAIGNÉES


BONUS : Dans les coulisses du tournage



 
BONUS : Le Rhino sans son costume en images de synthèse


BONUS : La gigantesque campagne de promotion du film à New York