2012 - TWIXT

de Francis Ford Coppola (USA)
Avec Val Kilmer, Bruce Dern, Elle Fanning, Ben Chaplin, Joanne Whalley, David Paymer, Anthony Fusco, Alden Ehrenreich 

Avec Twixt, Francis Ford Coppola s’est mis à nu. Une équipe réduite à son strict minimum, un budget restreint, un tournage de sept petites semaines cantonné principalement à son domaine vinicole : c’est dans un dénuement manifeste que le réalisateur d’Apocalypse Now et Le Parrain a conçu ce conte fantastique douloureusement empreint d’autobiographie. De son propre aveu, c’est la mort de son fils dans un accident nautique qui poussa Coppola à écrire, produire et réaliser Twixt, comme pour exorciser le fantôme d’une culpabilité lancinante.

Un sentiment de malaise nous saisit fatalement face à ce film sans doute trop impudique, qui semble avoir plus été imaginé pour ses vertus thérapeutiques que pour son potentiel cinématographique. Le cinéaste efface d’ailleurs tous ses effets de mise en scène, limitant au maximum les mouvements de caméras, dirigeant ses comédiens avec minimalisme, ne sollicitant qu’avec parcimonie les multiples atouts de la grammaire filmique. Dans le rôle d’un alter ego imaginaire de Coppola, Val Kilmer, plus bouffi que jamais, incarne Hall Baltimore, un écrivain sur le déclin qui s’est spécialisé dans les romans de sorcellerie. Désabusé, l’homme débarque dans une petite bourgade des Etats-Unis pour une séance de dédicace pathétique au fond d’une épicerie presque déserte.

Parmi les autochtones, Baltimore a tout de même un fan : le shérif Bobby Lagrange (Bruce Dern). Ce dernier lui propose de s’associer à lui pour écrire à quatre mains un nouveau roman baptisé « L’exécution du vampire », en s’inspirant du meurtre récent d’une jeune fille de la région. Endetté, en perte d’inspiration, l’écrivain finit par accepter… La mécanique narrative, le protagoniste principal et le cadre de l’intrigue évoquent bien vite Stephen King, une référence qui semble assumée par l’entremise d’une des répliques du film. Mais dès que Twixt bascule dans le fantastique – autrement dit lorsque Hall Baltimore s’endort et se laisse bercer par la magie inquiétante des lieux – Coppola semble revenir à ses premières amours. De fait, Twixt évoque moins Dracula que les œuvres d’épouvante que Roger Corman réalisa dans les années 60, et auxquelles Coppola participa en tant que réalisateur de seconde équipe, dialoguiste ou co-réalisateur officieux (L’enterré vivant, L’Halluciné, La Malédiction d’Arkham).

Les nombreuses séquences oniriques de Twixt regorgent d’images fortes, comme ce clocher démoniaque orné de sept cadrans désynchronisés, les apparitions éthérées d’une jeune fille blafarde incarnée par Elle Fanning, ou l’intervention récurrente d’Edgar Allan Poe en personne (incarné par Ben Chaplin), lequel renforce davantage le lien entre Twixt et les premiers pas de Coppola aux côtés de son mentor Roger Corman. La démarche du long-métrage est donc sincère, et la volonté de retrouver l’essence d’un début de carrière encore balbutiant franchement courageuse. Mais s’il ne portait pas la signature de Francis Ford Coppola, il y a fort à parier que Twixt serait passé totalement inaperçu. Son approche anecdotique du thème du vampirisme, ses partis pris esthétiques douteux et sa trame filiforme n’ont en effet rien de particulièrement mémorable.

© Gilles Penso
Thema: Vampires