2012 - L'AUBE ROUGE

(Red Dawn)
de Dan Bradley (USA)
avec Chris Hemsworth, Josh Peck, Adrianne Palicki, Josh Hutcherson, Isabel Lucas, Jeffrey Dean Morgan, Edwin Hodge
 
L’Aube Rouge que John Milius réalisa en 1984, d’après un scénario qu’il co-écrivit avec Kevin Reynolds, s’appuyait sur la paranoïa générée par la Guerre Froide pour concocter un récit de politique-fiction extrêmement tendu. Objet de culte grâce à son casting d’étoiles montantes (Patrick Swayze, Charlie Sheen, C. Thomas Howell, Lea Thompson), le film véhiculait cependant une idéologie discutable : patriotisme exacerbé aux franges du racisme et de l’intolérance, fascination appuyée pour les armes à feu, bref du Milius pur jus débarrassé des filtres métaphoriques qui permettaient à Conan le Barbare de tutoyer le sublime sans s’embarrasser de sous-texte douteux.
 
C’est à Dan Bradley, réalisateur de seconde équipe de nombreux films d’action (Quantum of Solace, Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal ou La Vengeance dans la Peau), que fut confiée la mise en scène de ce remake qui reprend dans les grandes lignes le flux narratif de son modèle. Nous sommes donc dans une petite ville américaine pétrie de sympathiques clichés (les deux frères rivaux dont l’un revient de l’armée et l’autre joue au football américain, sous l’œil bienveillant de leur père shérif) où surgit soudain le chaos. Un matin, le ciel est en effet envahi de centaines d’avions et de parachutes, en une vision spectaculaire qui n’aurait pas dépareillée dans Independence Day. Au milieu des explosions et des fusillades, la panique s’empare des braves citoyens qui se soumettent bientôt à l’assaut des forces armées venues tout droit de Corée du Nord.
 
Mais un groupe de lycéens décide de battre retraite dans les bois et de résister contre l’envahisseur. Ils se font appeler les Wolverines, comme l’équipe de football locale, et se persuadent qu’un entrainement intensif, une volonté de fer et une organisation sans faille leur permettra d’enrayer les rouages de l’occupation militaire. Dan Bradley n’ayant eu jusqu’alors aucune expérience de réalisateur à temps plein, il se concentre sur ses points forts : les séquences d’action. De ce point de vue, il faut reconnaître à cette nouvelle Aube Rouge une certaine efficacité. Malgré l’illisibilité de quelques échauffourées (héritée probablement du style exagérément nerveux hérité des Jason Bourne), la guérilla filmée par Bradley sait plonger ses spectateurs au cœur du conflit et les secouer sans ménagement. Mais c’est aussi là que le remake marque ses propres limites.
 
Car les combats (beaucoup plus nombreux que dans le film précédent, et situés dans un environnement plus volontiers urbain) s’enchaînent sur le mode de l’ellipse sans qu’un véritable tissus relationnel fort ait été construit entre les protagonistes. Les conflits internes sont réduits à quelques lieux communs éculés, les remises en question n’existent quasiment pas, et nous voilà dès lors face à la mécanique d’un simple jeu vidéo guerrier (bâti de toute évidence sur le modèle de « Call of Duty ») dénué de la moindre implication émotionnelle. Quant au discours politique, il n’a pas évolué depuis les années 80, si ce n’est que la Corée a remplacé la Russie. En exacerbant les défauts de son modèle sans pouvoir en conserver les qualités, cette nouvelle Aube Rouge donne donc l’effet d’un pétard mouillé, et présente au moins le mérite de permettre une réévaluation à la hausse de la version de John Milius.
 
© Gilles Penso
Thema: Politique-fiction