2012 - BLANCHE NEIGE ET LE CHASSEUR

(Snow White and the Huntsman)
de Rupert Sanders (USA)

avec Kristen Stewart, Chris Hemsworth, Charlize Theron, Sam Claflin, Sam Spruell, Ian McShane, Bob Hoskins

Le conte de Blanche-Neige, tel qu’il fut mis en forme par les frères Grimm, a très tôt titillé les cinéastes aux quatre coins du monde. Mais la vision qu’en offrit Walt Disney à la fin des années 30 marqua tant les esprits qu’elle devint le mètre étalon en la matière. Les autres adaptations s’y conformèrent donc naturellement, malgré quelques variantes audacieuses comme le Blanche Neige de Michael Cohn, dont la noirceur glaciale était soutenue par le jeu savoureux de Sigourney Weaver en reine maléfique. Le parti pris de Rupert Sanders et Evan Daugherty, respectivement réalisateur et scénariste de Blanche-Neige et le Chasseur, puise son originalité dans la multiplicité de ses sources d’inspiration.

Quelque part à mi-chemin entre l’heroïc-fantasy de Peter Jackson et la féerie écologique d’Hayao Miyazaki, cette relecture sombre du mythe n’évacue pas pour autant les motifs principaux édictés par le dessin animé de Disney. Ainsi retrouve-t-on le miroir parlant, les bois sombres tapissés de regards inquiétants, la forêt enchantée peuplée d’animaux magiques, les sept nains mineurs, la pomme empoisonnée ou encore l’ultime baiser résurrecteur. La réussite magistrale de ce premier long-métrage (Sanders n’avait jusqu’alors réalisé qu’une poignée de courts-métrages et de spots publicitaires) réside en grande partie dans sa capacité à fusionner ces influences distinctes en un tout cohérent, à les parer d’une direction artistique somptueuse et à complexifier les liens unissant des personnages qu’on ne connaissait jusqu’alors qu’archétypaux.

A ce titre, les trois rôles principaux, qui mirent beaucoup de temps à trouver leurs interprètes respectifs, sont magnifiquement campés par Kristen Stewart (une Blanche Neige qui a troqué sa robe de princesse contre la panoplie d’une combattante), Chris Hemsworth (déclinant certaines facettes du héros tourmenté qu’il incarnait dans Thor) et Charlize Theron (effrayante sous la défroque d’une reine Ravenna qui n’a rien à envier à la comtesse Bathory). L’univers de Blanche-Neige et le Chasseur est d’abord empreint de réalisme. Nous sommes sur une terre médiévale tangible, que Rupert Sanders nous décrit sans fioritures. Mais lorsque la blanche héroïne échappe à l’emprise de sa vampirique belle-mère, le fantastique s’immisce partout. Deux forêts antithétiques s’y succèdent.

La première, noire, mourante, en décomposition, pullule de créatures répugnantes et d’eaux stagnantes. Elle abrite également un monstre titanesque que n’aurait pas renié Ray Harryhausen et qui nous donne droit à une spectaculaire séquence de combat épique. La seconde, féerique, lumineuse et gorgée de vie, nous émerveille par la richesse de son bestiaire, fusion incroyable entre la faune et la flore. Les carapaces des tortues y sont couvertes de fleurs, les bois des cerfs ressemblent à des arbres séculaires, et les poitrines des oiseaux abritent des elfes facétieux. Peu à peu, le récit s’achemine vers un affrontement épique, ou l’héroïne mène les troupes telle une Jeanne d’Arc exaltée. Blanche-Neige et le Chasseur excelle ainsi là où l’Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton échouait, muant avec panache une figure classique du conte de fée en superbe icône guerrière.

© Gilles Penso
Thema: Heroïc Fantasy, Contes de fées