2012 - BATTLESHIP

de Peter Berg (USA)
Avec Taylor Kitsch, Rihanna, Liam Neeson, Alexander Skarsgard, Brooklyn Decker, Tadanobu Asano, Hamish Linklater


D’ordinaire, Peter Berg est un réalisateur assez fréquentable. Il fut entre autres à l’initiative de Friday Night Lights (le film et la série), plongeon réaliste dans les coulisses du football américain universitaire, et aux commandes de Hancock, dynamitage culotté de l’univers des super-héros. Mais pourquoi diable a-t-il décidé de mettre sa personnalité et son savoir-faire au service d’un projet tel que Battleship ? Quel est l’intérêt artistique d’un film dont le cahier des charges consiste à reproduire le plus fidèlement possible les blockbusters de Michael Bay ? Car il n’est pas difficile d’y trouver, reproduits quasiment à l’identique, les séquences et les effets de style les plus voyants d’Armageddon, Pearl Harbor et de la trilogie Transformers.

 

Tout y est : la glorification emphatique de l’armée américaine, la bande originale synthético-symphonique de Steve Jablonsky, les titanesques machines extra-terrestres qui se déplacent à la vitesse de l’éclair pour tout ravager avec fracas, les buildings décapités qui s’effondrent sur la foule paniquée, les navires militaires qui chavirent sous les tirs nourris ennemis, la bimbo sculpturale qui titille le garçon turbulent dont l’héroïsme et le courage sauveront finalement le monde… Le travail de photocopie est minutieux, et la pratique du jeu des comparaisons peut s’avérer distrayante quelques minutes. Mais pour le spectateur, au-delà de la gratification pyrotechnique que suscitent les prodigieux effets visuels concoctés par les petits génies d’ILM, l’intérêt d’un tel spectacle reste très mineur. Le sujet se résume d’ailleurs en quelques lignes : au large d’Hawaï, en plein océan Pacifique, des vaisseaux extra-terrestres émergent des eaux pour coloniser la Terre et se heurtent aux fiers bâtiments de l’US Navy, dernier rempart contre l’invasion…

 

Quand on sait que Battleship est né de l’envie d’Hasbro de produire un film dans la veine des Transformers en s’inspirant cette fois-ci des jouets de bataille navale dont raffolent les bambins depuis les années 30, on se doute bien que le scénario assurera le minimum syndical. Du côté des comédiens, la prestation est à l’unisson. Taylor Kitsch (simultanément en tête d’affiche de John Carter) cabotine dans le rôle du bad boy qui se repent, Brooklyn Decker assure une fonction de potiche totalement assumée (dans la droite lignée de Megan Fox et Rosie Huntington-Whiteley, les « Transformers Girls »), la chanteuse Rihanna fait ses débuts à l’écran en jouant l’archétype de la soldate dur à cuire et Liam Neeson paie ses impôts en incarnant sans trop y croire l’amiral autoritaire à la tête des grandes manœuvres.

 

Aucun des lieux communs inhérents au genre n’est oublié, avec comme point d’orgue l’intervention des vétérans de la flotte américaine qui débarquent comme la cavalerie et se mettent à marcher au ralenti, le sourcil froncé, le pas assuré et la moustache frémissante, sous le regard humide de l’ensemble du casting. Battleship ne nous épargne quasiment rien en matière d’emphase patriotique, sauf le discours du président des Etats-Unis galvanisant les troupes, sans doute parce que le cinéma de Roland Emmerich n’était pas inscrit dans la liste des films à imiter. Ce sera peut-être au programme de Battleship 2, sait-on jamais…

 

© Gilles Penso
Thema: Extra-Terrestres