2011 - WORLD INVASION : BATTLE LOS ANGELES

de Jonathan Liebesman (Etats-Unis)
Avec Aaron Eckhart, Ramon Rodriguez, Cory Hardict, Gino Anthony Pesi, Ne-Yo, James Hiroyuki Liao, Bridget Moynahan
 
S’ils témoignent d’un réel attachement pour le genre fantastique, les trois premiers longs-métrages de Jonathan Liebesman ne marqueront guère les mémoires. Nuits de Terreur, Massacre à la Tronçonneuse : le commencement et The Killing Room manquent en effet d’une vision personnelle, d’une ambition artistique qui les élèverait au-delà du simple exercice de style foulant sans risque les sentiers battus. Avec World Invasion : Battle Los Angeles, le cinéaste franchit donc un pas important. D’abord parce que la production lui alloue le plus gros budget de sa carrière, soit 100 millions de dollars. Ensuite – et surtout – par la nature même du projet, qui s’efforce de détourner le motif classique de l’invasion extra-terrestre pour en tirer un drame guerrier brut et réaliste.
 
L’intrigue se met en place dans le camp Pendleton, une base militaire située à proximité de Los Angles. Le sergent Michael Nantz, responsable d’un corps de Marines, est appelé d’urgence pour riposter immédiatement à l’une des nombreuses attaques qui touchent les littoraux à travers le monde. Ce qui ressemblait de prime abord à une pluie de météorite est en réalité une colonisation en masse initiée par un ennemi armé jusqu’aux dents, bien déterminé à s’emparer de l’approvisionnement en eau de la planète. Ces agresseurs d’outre-espace semblent mixer la morphologie des Predators avec celle des aliens de District 9, tandis que leurs vaisseaux s’ornent d’étranges designs bio-organiques.
 
De tels prémisses semblent évoquer Independence Day, mais fort heureusement World Invasion n’a pas grand-chose à voir avec l’univers de Roland Emmerich. Si l’on peut y déceler une influence, c’est plutôt du côté de La Chute du Faucon Noir qu’il faudrait chercher. Car avant d’être un film de science-fiction, World Invasion : Battle Los Angelesest un film de guerre, centré sur une poignée de personnages plongés dans la tourmente, filmé caméra à l’épaule à la manière d’un reportage sur le vif, et ne versant jamais dans l’icônisation à outrance. Les extra-terrestres et leur arsenal ne nous sont révélés que furtivement, à travers le regard des hommes lancés corps et âme sur le champ de bataille. Les marines eux-mêmes ne ressemblent pas aux G.I. Joe à la démarche ralentie et chaloupée dont raffole Michael Bay, mais sont des gens terriblement ordinaires.
 
Bref, la banalisation du conflit dote le film d’un impact indéniable, le rapprochant même, par sa volonté farouche de conserver le point de vue terre à terre de ses protagonistes paniqués, de la démarche de Steven Spielberg sur sa prodigieuse Guerre des Mondes. Bien sûr, Liebesman, malgré la meilleure volonté du monde, n’est ni Ridley Scott, ni Spielberg, et sa mise en scène n’atteint jamais le niveau de virtuosité de tels mentors. De même, le scénario de Chris Bertolini ne parvient pas à éviter les clichés inhérents aux « films de Marines » (certaines répliques galvaudées donnent presque dans le comique involontaire), ni à offrir aux protagonistes la profondeur qu’ils méritent. Mais le spectacle demeure très immersif et emporte l’adhésion grâce à la conviction sans faille de ses comédiens, Aaron Eckhart en tête.
 
© Gilles Penso 
Thema: EXTRA-TERRESTRES