2011 - PIRATES DES CARAÏBES : LA FONTAINE DE JOUVENCE

(Pirates of the Caribbean: On Stranger Tides)
de Rob Marshall (Etats-Unis)
avec Johnny Depp, Penelope Cruz, Geoffrey Rush, Ian McShane, Kevin R. McNally 
 
Inégale, la saga Pirates des Caraïbes s’est muée en véritable objet de culte, ravivant avec panache un sous-genre tombé en désuétude : le film de piraterie, mâtiné ici d’une bonne dose d’éléments fantastiques. Malgré la confusion extrême de son scénario et son déroutant manque de cohérence, le troisième opus avait su remplir à son tour les salles de cinéma et les tiroirs-caisse, au point qu’il semblait inévitable de poursuivre la franchise coûte que coûte. Le cinéaste Gore Verbinski ayant décidé d’aller nager dans d’autres eaux (en réalisant notamment le film d’animation Rango), c’est Rob Marshall (Chicago, Mémoires d’une Geisha) qui fut chargé de prendre le relais.
 
Si la mise en scène de Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence y perd en style et en flamboyance, l’intrigue, en revanche, a gagné en clarté et en rigueur. Donc l’un dans l’autre, nous serions tentés de préférer l’approche plus légère de ce quatrième épisode, qui présente en outre le mérite de puiser une grande partie de son inspiration dans une autre saga ultra-populaire : les Indiana Jones. A pirori, tout y est : la quête de l’objet surnaturel (en l’occurrence la fontaine de jouvence, équivalent du Graal d’Indiana Jones et la Dernière Croisade), l’intrigue sentimentale à rebondissements, l’expédition concurrente, la jungle sauvage truffée de pièges, le climax grandguignolesque… Mais il manque un élément essentiel qui empêche ce Pirates des Caraïbes de marcher dignement sur les traces des Aventuriers de l'Arche Perdue : des personnages forts et des sentiments exacerbés.
 
Or tout ici n’est que cabotinage, minauderie et maniérisme. Le jeu sentimental qui s'installe entre Jack Sparrow (Johnny Depp) et Angelica Teach (Penelope Cruz) laisse froid dans la mesure où les comédiens se contentent de se donner la réplique comme on échangerait des pas de danse, avec grâce mais sans la moindre émotion. Même travers du côté des complexes relations qui lient Angelica au redoutable Barbe Noire (Ian McShane, excellent par ailleurs). Or sans motivations fortes, sans enjeux humains solides, une telle aventure se vit comme une sympathique attraction de parc à thème (retour aux sources pour un concept initialement conçu pour Disneyland) mais nous prive de toute réelle implication.
 
Seuls deux personnages, pourtant tout à fait secondaires, parviennent à nous toucher et à nous faire vibrer, oasis de fraîcheur au sein d’un spectacle trop préfabriqué pour totalement convaincre. Restent quelques morceaux de bravoure mémorables (le navire de Barbe Noire qui s’anime pour capturer les membres de l’équipage, le soulèvement de zombies empruntés à l’imagerie vaudou, l’étourdissant assaut des sirènes qui calque sa dynamique sur l’attaque des raptors du second Jurassic Park), un grain de folie bienvenu et une partition toujours aussi énergisante qu’Hans Zimmer a joyeusement agrémentée de guitares hispanisantes du plus bel effet. A défaut d’entrer dans les annales, cet énième acte de piraterie sait distraire son public avec une générosité finalement très appréciable.

© Gilles Penso
Thema: Monstres marins