2010 - WOLFMAN

de Joe Johnston (Etats-Unis)
Avec Benicio del Toro, Anthony Hopkins, Emily Blunt, Hugo Weaving, Geraldine Chaplin, Art Malik, Michael Cronin
 
Le remake de La Momie réalisé en 1999 par Stephen Sommer avait prouvé que le studio Universal pouvait ressusciter les franchises de l’âge d’or du fantastique avec panache et bon goût. Dix ans plus tard, une nouvelle version du Loup-Garou de George Waggner semblait donc de bon aloi. Mais les difficultés précédant sa concrétisation (changements de réalisateurs et de compositeurs, tournages additionnels, date de sortie sans cesse repoussée) laissaient craindre le pire. Or face au résultat, toutes les craintes s’évaporent : le Wolfman de Joe Johnston est une superbe relecture du mythe lycanthropique, très respectueuse du film original mais proposant de nouveaux rebondissements inattendus.

Benicio del Toro reprend le rôle de Lawrence Talbot, tenu en 1941 par Lon Chaney Jr. Forcé de revenir au domaine familial de Blackmoor suite à la disparition de son frère, il recontacte à contrecœur son père (Anthony Hopkins) et prend connaissance d’une superstition locale, selon laquelle un monstre transforme ses victimes en loups-garous les nuits de pleine lune. Evidemment, ce n’est pas une simple légende, et Talbot se retrouve bientôt victime du lycanthrope… Si l’ambiance mélancolique et folklorique du film de Waggner a été conservée telle quelle (avec en prime la reprise du fameux poème inventé par Curt Siodmak : « même un homme dont le cœur est pur, et qui récite ses prières le soir, peut devenir un loup »), ce remake est truffé de séquences gore inimaginables à l’époque, concoctées par le maestro Rick Baker.

Du coup, Wolfman est le seul film classé R (restricted) de Joe Johnston, ce dernier s’étant jusqu’alors habitué au divertissement familial (Chérie j’ai rétréci les gosses, Rocketeer, Jurassic Park 3). Baker était le candidat idéal pour visualiser ce loup-garou rétro, tout le monde ayant gardé en mémoire son travail exceptionnel sur Le Loup-Garou de Londres. S’il ne surpasse pas les métamorphoses qu’il créa pour John Landis (mais quelqu’un les surpassera-t-elles un jour ?), le génial maquilleur rend en vibrant hommage à son prédécesseur Jack Pierce en concevant un faciès de loup-garou très similaire à celui qu’arborait Lon Chaney Jr. Les transformations ont évidemment été modernisées, bénéficiant de l’apport des effets numériques, mais c’est surtout d’un point de vue narratif qu’elles s’avèrent marquantes, notamment lorsque le pauvre Talbot est exhibé dans une école de médecine, face à une audience incrédule, alors que la pleine lune s’apprête à provoquer l’inéluctable métamorphose…

Les séquences inédites imaginées pour ce nouveau Wolfman, en particulier une incroyable course-poursuite dans les rues de Londres, s’entremêlent sans heurt avec celles empruntées au classique des années 40. Le parti pris de Joe Johnston s’oppose à celui de La Momie de Sommers, dans la mesure où son film s’appréhende au premier degré, évitant tout humour décalé ou toute digression afin de mieux cerner le drame de ses protagonistes et les tourments de leurs destinées, preuve que deux approches résolument opposées peuvent donner lieu à deux films tout autant réjouissants, pour peu que leurs auteurs soient amoureux du sujet au point de lui déclarer leur flamme avec enthousiasme et sincérité.
 
© Gilles Penso
Thema : LOUPS-GAROUS

BONUS : Test de maquillage signé Rick Baker