2009 - 5150 RUE DES ORMES



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d’Eric Tessier (Canada)
avec Marc-André Grondin, Normand d’Amour, Sonia Vachon, Mylène St-Sauveur, Elodie Larivière, Catherine Bérubé
 
Suite à une chute de vélo, Yannick, un étudiant en cinéma, frappe à la porte de Jacques Beaulieu, au 5150 rue des Ormes, au bout d’une allée tranquille dans une petite ville sans histoire. Mais sous ses airs affables, Beaulieu est un déséquilibré qui mène d’une main de fer sa famille et séquestre sans raison Yannick dans une petite chambre au premier étage. Tandis que le jeune homme tente par tous les moyens de s’échapper, son geôlier semble sur le point de peaufiner un mystérieux projet qu’il camoufle dans sa cave…
 
Partagé entre l’humour noir, l’horreur psychologique et le suspense, 5150 rue des Ormes parvient sans faille à nous captiver et à conserver une unité de ton grâce à l’indéniable savoir faire du réalisateur Eric Tessier, signant ici son troisième long-métrage après le drame d’épouvante Sur le Seuil et la comédie Vendus. Sa mise en scène minutieuse et ses comédiens très convaincants emportent immédiatement l’adhésion et savent habilement jouer avec nos nerfs tout au long de cette œuvre atypique laissant entrevoir la possibilité d’un souffle de vent nouveau sur le cinéma populaire canadien. « Nous nous sommes efforcés de donner à chaque personnage sa propre courbe dramatique, et je trouvais intéressant de suivre chacun d’entre eux indépendamment », explique Eric Tessier. « Mais il est difficile, au cinéma, de multiplier les personnages sans perdre le spectateur. A la télévision, c’est beaucoup plus simple parce qu’on peut étaler les histoires sur de nombreux épisodes » (1).  
 
Evacuant tout manichéisme trop évident, Eric Tessier et son scénariste Patrick Sénécal (auteur du roman homonyme dont s’inspire le film) s’attachent ainsi tour à tour à tous les acteurs du drame, bourreaux ou victimes, et parviennent à développer pour chacun d’eux une problématique susceptible de toucher les spectateurs. Le père Beaulieu est tellement attaché aux valeurs morales qu’il bascule sans s’en rendre compte dans la psychopathie ; son épouse se soumet au régime autocratique familial en enterrant ses doutes sous d’épaisses couches de bigoterie judéo-chrétienne ; la fille aînée développe une frustration grandissante face à sa propre incapacité à satisfaire les exigences paternelles ; la cadette s’enferme dans un mutisme pathologique qui pourrait bien être une forme cachée de lucidité…  
 
« Chaque famille a son propre fonctionnement, sa propre logique », raconte Tessier. « Et quand on rencontre Beaulieu dans le film, le tortionnaire, on trouve ses actes épouvantables mais on n’arrive pas vraiment à le détester. Cet aspect ambigü, un peu malsain, m’intéressait beaucoup » (2). Quant à notre captif, il lutte comme il peut pour conserver sa raison et, à l’instar de l’infortuné héros du « Joueur d’échec » de Stefan Zweig, trompe son ennui en imaginant des affrontements de pièces noires et blanches sur un échiquier virtuel, ce qui plonge certaines séquences du film dans un onirisme surréaliste inattendu. De toute évidence, Eric Tessier est un réalisateur à suivre désormais de très près, et le final paroxystique de 5150 rue des Ormes, duquel personne ne ressortira indemne, nous donne déjà envie de découvrir ses futurs travaux de cinéaste.
 
(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en férvrier 2010.
 
© Gilles Penso
Thema: TUEURS