2008 - THE STRANGERS

de Bryan Bertino (Etats-Unis)
Avec Liv Tyler, Scott Speedman, Glenn Howerton, Laura Margolis, Gemma Ward, Kip Weeks, Alex Fisher, Peter Clayton-Luce


« Ce film s’inspire de faits réels » nous annonce un carton au début de The Strangers, avant d’avancer le chiffre inquiétant d’1,4 milliards d’actes violents commis chaque année aux Etats-Unis. Préparé au pire, le spectateur découvre alors un couple au bord de la crise, Kirtsen (Liv Tyler) et James (Scott Speedman). Ils sont beaux, jeunes, endimanchés (tous deux reviennent d’une soirée de mariage), mais une tension palpable se lit chez eux, à travers une série de silences pesants, de non dits lourds de sens et de regards fuyants… En quelques minutes, le scénariste et réalisateur Bryan Berting, qui signe là son premier long-métrage, montre l’étendue de son talent et la finesse de son art.

L’elfe du Seigneur des Anneaux et le héros transi de la saga Underworld abandonnent ainsi leurs apparats de stars hollywoodiennes pour livrer une prestation touchante de naturalisme, une véritable mise à nu. La cause de leur mal-être est d’une simplicité confondante. Il l’a demandée en mariage, elle ne se sent pas encore prête, et la romantique soirée aux chandelles qu’il a préparée amoureusement dans la grande maison de campagne de son père (avec champagne, vieux 33 tours et pétales de rose) tombe pitoyablement à plat. En totale empathie avec ces tourtereaux asynchrones, nous nous préparons à basculer avec eux de la tristesse vers l’épouvante.

Le motif du couple fragilisé et confronté au Mal avec un grand M nous évoque bien entendu Motel, avec lequel The Strangers présente plusieurs points communs. Mais ici, la terreur est livrée à domicile. Tout commence de manière étrange : à quatre heures du matin, une mystérieuse jeune femme frappe à leur porte, à la recherche d’une certaine Tamara. Plus tard, ce sont des bruits inquiétants qui retentissent autour de la maison… A moins qu’ils ne proviennent de l’intérieur ? L’ambiance stressante de Ils nous revient alors en mémoire, jusqu’à ce que les intrus n’apparaissent sous forme de silhouettes masquées. Que veulent-ils ? Pourquoi s’attaquent-ils à Kisten et James ? Ne s’agit-il que d’un jeu macabre, ou les choses s’apprêtent-elles à dégénérer ? Terrés dans une maison trop grande, armés d’un fusil qu’ils savent à peine utiliser, les infortunés héros s’apprêtent à livrer la bataille la plus éprouvante de leur vie…

Excellent exercice de style, The Strangers parvient à construire des moments de terreur pure sans recourir aux artifices habituels. Les déflagrations sonores, les surgissements violents dans le champ, les effets gore ne sont quasiment jamais convoqués, Bryan Bertino minimisant les effets de mise en scène habituels et cadrant l’intégralité du métrage à l’épaule ou au steadicam. Son tutoiement de la peur viscérale n’en est que plus remarquable. Quant au final, cruellement désenchanté, il égale en noirceur un Funny Games et semble se laisser inspirer par les abominables exactions de la sinistre bande de Charles Manson. Tourné en automne 2007, The Strangers sortit dans les salles américaines en mai 2008 et remporta un indéniable succès, multipliant par cinq son budget initial de dix millions de dollars. Bizarrement, la France passa à côté de cette œuvre d’exception, lui réservant une timide sortie vidéo près d’un an plus tard.
© Gilles Penso
Thema: TUEURS