2008 - LE ROYAUME INTERDIT

(The Forbidden Kingdom)
de Rob Minkoff (2008) - USA
avec Michael Angarano, Jackie Chan, Jet Li, Liu Yifei, Li Bingbing, Collin Chou


On ne pensait pas Rob Minkoff capable d’un tel prodige. Si le réalisateur avait séduit les amateurs d’animation en co-signant Le Roi Lion, son passage à la prise de vue réelle était resté très anecdotique. En effet, les deux Stuart Little et Le Manoir Hanté et les 999 Fantômes, tout sympathiques qu’ils soient, n’avaient rien pour marquer durablement les mémoires. La surprise en découvrant les qualités artistiques et techniques du Royaume Interdit n’en est que plus grande. Le film commence aux Etats-Unis et prend pour héros Jason Tripitika, un garçon de 17 ans féru d’arts martiaux et de cinéma asiatique. D’où un superbe générique sur fond de posters mettant en vedette Bruce Lee, soutenu par une vivace partition « seventies » composée par David Buckley.

Jason n’est pas un lycéen extrêmement populaire, et l’un de ses refuges favoris est la petite boutique du quartier chinois tenue par le vieux Hop, une échoppe qu’on croirait issue de Gremlins et dans laquelle notre héros vient régulièrement s’approvisionner en DVD incunables. Un soir, un groupe de malfrats décide de cambrioler la boutique avec la complicité involontaire de Jason. Abattu par un coup de feu, Hop a tout juste le temps de remettre au jeune homme une longue canne ornée d’un singe en bronze et de lui faire promettre de la restituer à son propriétaire. Pour échapper aux voleurs, Jason saute du haut d’un toit avec la canne… et se retrouve propulsé dans la Chine médiévale. Là, il se heurte à la redoutable armée de Jade (Collin Chou). L’ivrogne Lu Yan (Jackie Chan), un moine taciturne (Jet Li) et une jolie guerrière (Liu Yifei) décident d’aider Jason à retrouver le propriétaire de la canne, qui n’est autre que le légendaire Roi Singe, pétrifié par un sort du maléfique Jade…

Les aventures du Roi Singe ont maintes fois été adaptées à l’écran, notamment sous forme de dessins animés. Mais rarement ce personnage mythique eut autant de panache que sous les traits de Jet Li, s’accaparant ici un double rôle antithétique avec une conviction indubitable. Jackie Chan, pour sa part, reprend avec facétie les composantes du Drunken Master qu’il incarnait trente ans plus tôt sous la direction de Yuen Wo Ping. Le premier affrontement de Li et Chan dans un monastère abandonné est un véritable morceau d’anthologie. Hollywood matérialise ainsi un fantasme que même les cinéastes de Hong Kong n’étaient pas parvenus à réaliser : le choc de deux titans, deux générations d’acteurs et deux figures incontournables des arts martiaux cinématographiques.

Et l’on ne peut qu’applaudir la démarche de Rob Minkoff, respectant tellement l’imagerie, l’atmosphère et les thématiques des films d’époque asiatiques qu’on jurerait parfois avoir affaire à une production locale, agrémentée par des combats virevoltants, de splendides effets visuels et une bande originale très inspirée. Mené tambour battant, gorgé d’humour, dominé par la figure hautaine d’un super-vilain qui semble tout droit échappé des Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin, Le Royaume Interdit s’apprécie avec des yeux d’enfants et un cœur léger, jusqu’à un dénouement espiègle et plein de promesses.
© Gilles Penso
Théma:
VOYAGES DANS LE TEMPS