2008 - FRONTIERES

de Xavier Gens (France)
Avec Karina Testa, Samuel Le Bihan, Estelle Lefébure, Aurélien Wilk, David Saracino, Chems Dahmani, Maud Forget


De prime abord, Frontière(s) est une simple réponse française au Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper. Le schéma du groupe d’amis tombant en pleine campagne sur une famille de bouchers dégénérés et cannibales y est en effet reproduit avec une indéniable fidélité. Mais le propos du premier long-métrage de Xavier Gens ne se limite pas au simple remake d’un classique de l’horreur des années 70. En effet, le film s’inscrit dans un contexte social directement inspiré par les événements politiques survenus en France en 2002, et tout ce qui s’y déroule est la conséquence directe de cette situation critique. En ce sens, Frontière(s) n’est pas éloigné de l’univers de George Romero.

L’extrême droite étant sur le point d’accéder au pouvoir suite au premier tour des élections présidentielles, quatre jeunes banlieusards s’apprêtent à quitter la France, emportant le butin d’un braquage qu’ils viennent de commettre. En pleine forêt, à la limite de la frontière luxembourgeoise, ils trouvent refuge dans une auberge isolée qui abrite une communauté néo-nazie de la pire espèce. Dès lors, le carnage amorce un crescendo dont le paroxysme ne semble pas avoir d’équivalent à l’écran, même si d’autres perles du cinéma extrême made in France (Haute Tension, A l’Intérieur) nous viennent à l’esprit.  La réussite de Frontière(s) est à mettre avant tout au compte d’un réalisateur particulièrement inspiré (son découpage est au cordeau et sa direction artistique impeccable), soutenu par un casting en grande forme (Samuel le Bihan et Estelle Lefébure abordent leurs rôles de « bad guys » avec un enthousiasme manifeste) et par un producteur amoureux du genre, Laurent Tolleron, à qui nous devons les séries Chambre 13, Les Redoutables, Les Mythes Urbains et Sable Noir. « J’ai le sentiment que c’est dans le genre fantastique que tout se passe », nous livre-t-il. « C’est là que le cinéma se réinvente, que les nouvelles écritures naissent. Les plus grands talents actuels, comme Peter Jackson ou Sam Raimi, viennent du genre, et ce n’est pas un hasard. » (1)

Tourné en 2006 pour un budget d’un million et demi d’euros, Frontière(s) n’est sorti sur les écrans que deux ans plus tard. Xavier Gens et Laurent Tolleron ont en effet bataillé avec leur distributeur initial, qui refusait notamment que le film soit interdit aux moins de seize ans, et trouvèrent finalement gain de cause auprès de Luc Besson, lequel leur permit d’achever le film dans des conditions économiques relativement confortables et surtout de conserver les aspects gore les plus radicaux de l’œuvre. Face aux nombreuses imitations de Massacre à la Tronçonneuse qui ornent les écrans depuis belle lurette, Frontière(s) se défend donc sans mal, même si l’on peut regretter que l’aspect « politique-fiction » du récit ne serve finalement que de prétexte sans interférer directement sur le conflit opposant les infortunés protagonistes et leurs bourreaux. Ici, le fascisme s’ajoute à la liste des tares de ces derniers (par ailleurs psychopathes, anthropophages et probablement consanguins) mais ne permet pas de construire une satire sociale digne de ce nom. A cette petite réserve près, le film fait mouche et Gens s’affirme comme un réalisateur à suivre de très près.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en août 2007
© Gilles Penso
Thema:
CANNIBALES, TUEURS