2007 - TEETH

de Mitchell Lichtenstein (Etats-Unis)
Avec Jess Weixler, John Hensley, Josh Pais, Hale Appleman, Ashley Springer, Vivienne Benesch, Lenny Von Dohlen

Une jeune fille émascule ses amants avec son vagin hérissé de dents acérées ! Non, il ne s’agit pas du postulat d’une série Z produite par Troma mais de l’argument d’une œuvre sensible, drôle et horrifiante marquant les premiers pas du réalisateur Mitchell Lichtenstein. Si le patronyme de ce cinéaste n’est pas inconnu des esthètes, c’est qu’il est le fils du célèbre peintre Roy Lichtenstein, pilier du pop art. Après avoir été comédien et producteur, Lichtenstein junior décide de passer derrière la caméra pour narrer l’histoire de Dawn (Jess Weixler), une adorable jeune fille qui milite activement dans son lycée pour la chasteté jusqu’au mariage. Cette pruderie excessive s’exerce probablement en opposition à la sexualité extravertie et agressive de son demi-frère Brad (John Hensley).

Mais il y a autre chose… Si Dawn refoule tout désir sexuel, c’est peut-être parce qu’elle a du mal à assumer sa propre anatomie. Cette crainte va se révéler fondée le jour où le fringuant Tobey (Hale Appleman) la viole quasiment dans un décor de cascade champêtre digne du Lagon Bleu. En réaction à cette agression, le vagin de Dawn montre les dents – au sens propre ! – et sectionne violemment le pénis du jeune homme. Traumatisée, la lycéenne s’apprête à se livrer à la police. Mais les assauts d’autres mâles la poussent à changer d’avis. Désormais, elle utilisera ce « pouvoir » pour se protéger des agresseurs et partir en quête de « son héros », le seul homme susceptible d’être son prince charmant.

Un tel sujet était propice à la caricature, mais telle n’est pas l’intention de Lichtenstein. En un délicat exercice d’équilibre entre la comédie, l’horreur et le drame, il signe un film hors norme, qui entraîne le spectateur dans sa folie dès le générique de début, une vue microscopique soutenue par une partition insolite de Robert Miller digne des meilleures compositions de Danny Elfman. S’il ne refuse pas les traits d’humour décalés (« Je ne vais pas vous mordre » affirme le gynécologue qui s’apprête à examiner Dawn) et les séquences excessivement gores (les excellents maquillages spéciaux de Doug Field ne nous épargnent aucune castration, de préférence en gros plan !), le réalisateur dirige ses comédiens au premier degré, l’intensité et la profondeur de leur jeu contrastant à merveille avec l’incongruité du propos.

Ainsi la belle Jess Weixler nous livre-t-elle une interprétation extraordinaire, aux côtés de l’étonnant John Hensley (familier des amateurs de la série Nip/Tuck) dans le rôle du demi-frère violent et marginal. Les fantasticophiles apprécieront également la prestation de Lenny Von Dohlen, héros de la comédie de science-fiction Electric Dreams qui endosse ici la peau du père de Dawn. Amateur de SF à l’ancienne (Teeth nous offre quelques extraits télévisés du Scorpion Noir et de La Gorgone), Lichtenstein ne se prononce pas quant à l’origine de la mutation de son héroïne mais suggère une bonne vieille contamination radioactive, comme le laissent imaginer les deux cheminées fumantes d’une usine nucléaire sur lesquelles s’attarde souvent sa caméra. « Chaque rose a ses épines » annonce l’un des slogans du film. Gageons que les amateurs d’un cinéma insolite trouveront bien des charmes à cette fleur vénéneuse.
© Gilles Penso
Thema: Mutants