2007 - INSANE

(Storm Warning)
de Jamie Blanks (Australie)
avec Nadia Farès, Robert Taylor, David Lyons, Mathew Wilkinson, Joh Brumpton, Jonathan Odham

De la part du réalisateur d’Urban Legend et de Mortelle Saint Valentin, on n’attendait forcément pas grand-chose. Mais avant de se retrouver à la tête de ces purges post-Scream édulcorées jusqu’à l’excès par des producteurs à côté de la plaque, Jamie Blanks était un fan d’horreur dans la pure tradition des slashers des années 70/80. Pour pouvoir s’adonner à son genre favori sans subir les desideratas des studios américains, il retourna dans son Australie natale et s’acoquina avec le scénariste Everett de Roche, à qui nous devons quelques petits bijoux océaniques tels que Patrick, Harlequin, Long Week-End ou Razorback.
 
De leur collaboration est né Insane, un survival dont le scénario ne déroge guère aux lieux communs du genre mais dont la mise en scène et les performances d’acteurs forcent le respect. Tout se met en place selon des codes bien établis : un avocat australien et son épouse française (Robert Taylor et Nadia Farès) décident de s’octroyer une bouffée d’air frais en s’aventurant à bord d’une frêle embarcation de pêche. L’orage qui couve ne les inquiète pas outre mesure, les incitant plutôt à braver les intempéries au lieu de rebrousser chemin. Cette obstination un peu absurde est surtout l’apanage du fier époux, sa moitié laissant transparaître une relative docilité.
 
Mais la nature reprend vite ses droits et nos yuppies en vadrouille sont forcés d’accoster la première île venue, sur laquelle ils ont toutes les peines du monde à trouver le moindre signe de civilisation… A l’exception d’une ferme crasseuse et délabrée apparemment déserte. Tels Boucle d’Or dans la demeure des trois ours (une référence que le scénario assume pleinement en citant nommément le conte lui-même), nos tourtereaux s’immiscent dans les lieux, en quête d’un téléphone ou d’un véhicule susceptible de les ramener vers des terres moins hostiles. En découvrant un hangar mué en serre à marijuana, ils comprennent un peu tard qu’ils sont allés trop loin. Et c’est justement le moment que choisissent les trois ours (en l’occurrence deux frères et leur père qui rivalisent de tares et de vices) pour rentrer à la maison. Le choc social et culturel bascule alors bien vite dans le cauchemar, suivant une mécanique parfaitement huilée depuis le séminal Délivrance.
 
Mais ce schéma narratif connu n’empêche nullement Insane d’exhaler sa propre personnalité et un style unique, dû au savoir-faire indéniable d’un cinéaste enfin libéré de ses entraves. La violence physique n’intervient que tardivement, Blanks prenant tout son temps pour construire minutieusement un climat étouffant et oppressant, à l’image de cet orage qui couve dangereusement et qui donne au titre original Storm Warning tout son sens. Mais lorsque le sang finit par couler, c’est avec une brutalité excessive et subite qui laisse bouche bée et qui mue le troisième acte du film en véritable jeu de massacre dénué de la moindre concession. La conviction des comédiens et les tours de force visuel de Blanks (qui recourt une fois de plus à ses fameuses prises de vues en plongée totale et compose au passage une bande originale énergisante) rendent finalement très recommendable ce survival à l’ancienne.
 
 
© Gilles Penso
  Thema: TUEURS