2007 - ESKALOFRIO

de Isidro Ortiz (Espagne)
Avec Junio Valverde, Blanca Suarez, Francesc Orella, Jimmy Barnatan, Mar Sodupe, Roberto Enriquez

 

Tous les bons films fantastiques espagnols ne connaissent pas le fabuleux destin des [Rec] et autre L’Orphelinat, soit une belle diffusion internationale. En France, en dépit de sa sélection dans plusieurs festivals reconnus (Berlin dans la section Panorama, Gérardmer, Neuchâtel…) et des critiques généralement favorables, Eskalofrio file directement à la case TV (l’une des chaînes d’Orange), dans l’indifférence générale, sous un titre et déjà utilisé (Frisson), traduction de l’original. Heureusement, une sortie DVD se profile début 2013, chez Antartic Vidéo. Petite séance de rattrapage. Bien, mais ce film-là aurait au moins mérité une petite sortie en salles.

 

Dans un style qui sait ménager des moments de pure angoisse sans sombrer dans l’esbroufe, Isidro Ortiz (Fausto 5.0) y fait d’abord le portrait de Santi, un adolescent à priori comme les autres. Elevé par sa seule mère, une traductrice, Santi présente cependant une caractéristique : il ne peut supporter la lumière du soleil. Pas un enfant lune, mais presque… Sachant que son état de santé se dégradera grandement dans l’environnement urbain surchauffé de Barcelone, il s’installe dans un village isolé du nord du pays. Encaissé, le bourg ne bénéficie effectivement que d’un ensoleillement minimal. L’occasion d’une existence presque normale pour l’adolescent. Naturellement, son arrivée y  coïncidence avec un premier meurtre sauvage, puis deux. Et tout l’accuse : sa présence sur les lieux, les rumeurs que suscite sa maladie, la peur de l’étranger…

 

Alors que son père réapparaît, que la fille du policier qui enquête s’intéresse à lui, Santi tente de se disculper, de découvrir qui est vraiment le tueur. Une bête féroce ? Un serial killer champêtre ? Un monstre quelconque ? Pas vraiment… Habile, classique et bien charpenté le scénario d’Eskalofrio. Isidro Ortiz en exploite efficacement le meilleur : des personnages bien cernés, une montée graduelle de la tension, une révélation finale assez surprenante… Mais, s’il y a quelque chose que le réalisateur aime à filmer, cadrer et éclairer, c’est bien la forêt. Une forêt dense et ombragée de contes de fée, superbe et inquiétante dont le chef opérateur Josep Civit (Angoisse de Bigas Luna, déjà…) capte toutes les nuances de lumière, la profondeur, l’étendue et la topographie.

 

Un travail remarquable au service d’une esthétique cependant sobre, jamais tentée par les grosses combines plastiques du fantastique ordinaire. Aucun halo de lumière bleue dans Eskalofrio ; les nuits y sont noires, profondes et seuls la lueur faible de la lune, les phares des voitures ainsi que le faisceau des lampes torches en percent l’obscurité impénétrable, propice à toutes les présences… Un choix pour beaucoup dans l’atmosphère de peur tangible, palpable qui se dégage des images. Certes modeste dans ses intentions, mais maîtrisé, réellement effrayant à l’occasion de deux ou trois scènes particulièrement réussies, Eskalofrio vaut largement de sortir de l’anonymat dans lequel il est enfermé depuis cinq ans.

 

© Marc Toullec