2006 - SOLITAIRE

(Rogue)
de Greg McLean (Etats-Unis)
avec Michael Vartan, Radha Mitchell, Sam Worthington, Barry Otto, Geoff Morrell, Damien Richardson, Robert Taylor, Heather Mitchell


Grâce au succès inespéré de Wolf Creek, qui rapporta cinquante fois sa modeste mise de départ, le réalisateur australien Greg McLean put concrétiser Solitaire, un projet de longue date qui lui fut notamment inspiré par L’Etrange Créature du Lac Noir et des documentaires animaliers sur l’outback et la flore des marais. De fait, la séquence d’introduction du film est plus proche de National Geographic que d’un film de monstre façon Nu Image. Et même si le réalisateur cisèle son découpage et son montage avec la minutie d’un orfèvre, le réalisme cru de cette attaque soudaine de crocodile, entraînant par la seule force de sa mâchoire un buffle sous les eaux, semble tout droit issu d’un documentaire.

La suite du film confirme cette impression. Certes, la présentation de tous les protagonistes – un groupe de touristes embarqués pour une croisière exotique dans les marais australiens, parmi lesquels un journaliste blasé (Michael Vartan) semble pouvoir connaître une idylle avec le capitaine/guide (Radha Mitchell) – obéit à la logique introductive des films catastrophes. Mais le cinéaste attarde surtout sa caméra sur les magnifiques décors naturels, soutenu par une partition magnifique (bien qu’un tantinet trop emphatique) de François Tetaz, déjà compositeur de la bande originale de Wolf Creek. Le drame survient de manière discrète, presque implicite. Une silhouette sous-marine immense mais quasiment invisible renverse en effet le bateau des touristes, les incitant à se réfugier au plus vite sur une petite île broussailleuse. Bientôt, il faut se rendre à l’évidence : un crocodile gigantesque et vorace hante les lieux et se met à dévorer ceux qui s’aventurent trop près de l’eau.

Ici aussi, Greg McLean fait preuve d’une sobriété inattendue, les attaques se déroulant de préférence en dehors du champ de la caméra. En ce sens, Solitaire se rapproche beaucoup de Black Water, réalisé en Australie à la même période mais avec des moyens bien moindres. Ici, le suspense s’appuie sur un double time-lock : la tombée de la nuit et la marée montante qui engloutira bientôt le refuge précaire de nos héros. Puisant visiblement son inspiration dans Les Dents de la Mer, le réalisateur limite les apparitions du monstre au strict minimum, profitant de l’obscurité et de l’élément aquatique pour laisser travailler l’imagination du spectateur. Cependant, la dernière partie du film nous réserve un affrontement homme-animal particulièrement spectaculaire.

Enfin visible en entier et sous toutes ses coutures, le crocodile géant s’avère être l’une des créatures numériques les plus réalistes et les plus impressionnantes que l’on ait pu contempler à ce jour. L’animatronique prend le relais pour les plans serrés, et le climax s’avère digne de l’affrontement de Sigfried contre le légendaire dragon des Nibelungen. Quant à  Michael Vartan, il confirme tout le bien que nous pensions de lui dans la série Alias, promenant sa silhouette de gravure de mode usée avec beaucoup de charisme, et nous faisant regretter sa trop rare présence sur les écrans. Dommage que le rythme du film ne soit pas toujours soutenu, peinant à maintenir une attention toujours en éveil malgré d’indiscutables qualités formelles. Précisions que le film a été rebaptisé Eaux Troubles pour sa sortie en DVD.
 
© Gilles Penso
Thema: Reptiles et Volatiles