2005 - ISOLATION

de Billy O’Brien (Angleterre/Irlande)
Avec John Lynch, Essie Davis, Ruth Negga, Sean Harris, Marcel Iures

Féru d’épouvante et de science-fiction, Billy O’Brien a grandi dans une ferme irlandaise. Pour son premier long-métrage, il paraissait normal que ce jeune diplômé des Beaux Arts s’efforce de combiner son goût du fantastique et son expérience personnelle. D’où Isolation, une œuvre d’autant plus intrigante qu’elle s’éloigne des sentiers battus malgré un argument de départ digne d’un Roger Corman des années 50. Dan Reilly, à la tête d’une modeste exploitation agricole, a bien du mal à joindre les deux bouts. C’est donc en désespoir de cause qu’il accepte de soumettre son bétail à des tests de fécondation, histoire d’arrondir ses fins de mois. Hélas, le laboratoire de biotechnologie qui gère ces expériences semble ne pas avoir estimé à sa juste valeur les dangers encourus. Bientôt, l’une des vaches de Dan met bas une génisse elle-même enceinte de plusieurs fœtus anormaux. Voraces, monstrueux, structurés autour d’un exo-squelette acéré et porteurs d’une maladie contagieuse, ils meurent tous à la naissance. Tous sauf un…

Certes, le refrain semble connu, et les monstres génétiques traquant du gibier humain dans un huis clos inquiétant sont légion depuis de nombreuses décennies. Mais là où Billy O’Brien surprend, c’est par ses partis pris de mise en scène et sa direction d’acteurs, à mille lieues de ce qui se pratique généralement dans le domaine des « monster movies ». Ici, le réalisme et la crudité semblent être les maîtres mots. Fragilisés psychologiquement, les personnages communiquent aux spectateurs leurs failles, et décuplent du coup le processus d’identification. Le fermier Reilly est un homme triste et taciturne rongé par le remords. Son ex-compagne, Orla, assume difficilement leur séparation ainsi que son implication dans les expérimentations en cours. Son patron John échappe au manichéisme des savants fous traditionnels par l’humanisme qui perce sous sa carapace obsessionnelle et déterminée. Quant à Mary et Jamie, les deux gitans échoués là par accident, ils fuient le courroux de leurs familles respectives furieuses de leur union et tentent de préserver coûte que coûte la solidité de leur relation malgré le drame monstrueux qui couve.

A ces profondeurs psychologiques inattendues, O’Brien ajoute un style visuel plus proche du cinéma d’auteur indépendant que de l’épouvante hollywoodienne. La caméra est à l’épaule, les lumières sont crues, les comédiens semblent parfois improviser et le montage privilégie les jump-cut et les moments de silence pesants. Le tout dans une atmosphère moite et crasse, où l’humidité s’insinue partout et où la boue macule les pas de chaque protagoniste. L’ombre de quelques classiques de l’horreur plane tout de même sur le métrage, notamment Alien et The Thing, en particulier au cours des séquences de suspense et de panique liées à la présence du monstre. Mais là aussi, le cinéaste emprunte des chemins de traverse, évacuant l’emploi habituel d’images de synthèses au profit d’effets spéciaux 100% physiques conçus par le vétéran Bob Keen (Hellraiser, Event Horizon). Isolation est donc un premier film pour le moins novateur, primé à juste titre au 13ème Festival de Gérardmer.

© Gilles Penso
Thema: MAMMIFÈRES