2005 - CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE

(Charlie and the Chocolate Factory)
de Timp Burton (Etats-Unis)
avec Johnny Depp, Freddie Highmore, David Kelly, Helena Bonham Carter, Noah Taylor, Deep Roy, Christopher Lee

Si Big Fish annonçait un grisant retour aux sources pour Tim Burton, Charlie et la Chocolaterie le confirme avec éclat. Osons la dithyrambe : cette relecture de l’œuvre de Roald Dahl est un chef d’œuvre du genre, exaltant tout ce qui fit le succès de Beetlejuice, Edward aux Mains d’Argent et L’Etrange Noël de Monsieur Jack. On y trouve la poésie surréaliste de son auteur, son goût pour l’exubérance ultra-colorée, son rejet en bloc du réalisme moderne, son apologie des êtres originaux et différents et son permanent sens de l’ironie. Charlie Bucket (Freddie Highmore) est un enfant issu d'une famille pauvre entassée dans une petite bicoque tordue. Travaillant pour subvenir aux besoins des siens, il doit économiser chaque penny et ne peut s'offrir les friandises dont raffolent les enfants de son âge. Pour obtenir son comptant de sucreries, il participe à un concours organisé par le mystérieux Willy Wonka, propriétaire de l’imposante fabrique de chocolat qui surplombe la ville. Celui qui découvrira l'un des cinq tickets d'or que Wonka a caché dans les barres de chocolat de sa fabrication pourra visiter chaque recoin de l’usine, habitée par une peuplade de créatures étranges baptisées les Oompas Loompas…

Charlie et la Chocolaterie nous émerveille sans cesse, nous fait rire souvent, nous émeut même parfois, car sans larmoyance ni démagogie, le film délivre au détour de ses outrances un plaidoyer pour la générosité et l’optimisme. On a beau apprécier à sa juste valeur la version de 1971, ce Charlie s’impose comme l’adaptation ultime du célèbre classique de la littérature enfantine. Le pari n’était guère aisé, même si toutes les thématiques du texte initial collent à merveille à l’univers de Tim Burton, comme si son mariage avec Dahl avait toujours été une évidence. Après tout, Spielberg ne s’était-il pas cassé les dents avec un Peter Pan qui semblait lui aussi taillé sur mesure ? Stimulés par l’inventivité foisonnante de Burton, ses collaborateurs se sont ici surpassés. « Ses films m’inspirent », dit à ce titre Johnny Depp. « Malgré la pression, il n’a pas changé, ne s’est pas laissé influencer. Les artistes de cette trempe sont rares aujourd’hui à Hollywood. » (1)

Le comédien nous livre ici une performance exceptionnelle de doux-dingue hérité d’Ed Wood et Benny and June, Danny Elfman retrouve enfin toute sa verve musicale en mixant partition flamboyante et chansons parodiques, et le génial chef décorateur Alex McDowell (The Crow, Minority Report) adapte son savoir-faire aux proportions colossales de l’entreprise. « Ce film est probablement le plus complexe de toute ma carrière », avoue-t-il. « Nous avons occupé l’intégralité des studios de Pinewood, y compris le fameux plateau 007, qui est le plus grand d’Europe. Le décor de la rivière en chocolat mesurait 60 mètres de long sur 35 de large, et nous avons dû utiliser un bon million de litres de faux chocolat, créé avec du colorant alimentaire et de l’additif épaississant. » (2) Bien entendu, ce régal cinématographique ne se déguste à belles dents qu’à condition de troquer son regard adulte contre des yeux d’enfant. C’est là toute la richesse des meilleures œuvres de Burton.
 
(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2008
(2) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2005
 
© Gilles Penso
Thema: Contes de Fées