2000 - X-MEN

de Bryan Singer (Etats-Unis)
Avec Patrick Stewart, Hugh Jackman, Ian McKellen, Halle Berry, Famke Janssen, James Marsden, Rebecca Romijn-Stamos


Après tant d’adaptations modestes (L’Incroyable Hulk), ratées (Captain America) voire catastrophiques (L’Homme-Araignée) de l’univers Marvel, X-Men apparaît comme une bouffée d’air frais. Stan Lee trouve enfin une fière transcription de ses héros de papier sur grand écran, un mouvement amorcé par le Blade vivifiant (malgré ses nombreux défauts) que réalisa Stephen Norrington en 1998. Certes, X-Men est loin d’être parfait. La faute en incombe principalement à la nature même de la BD originale : mettre en vedette une large groupe de héros, qui par ailleurs n’a pas cessé de changer et d’évoluer au cours des années. Difficile, en deux heures, de s’attacher à chacun d’entre eux. Le film pèche donc par excès de protagonistes, et faute de les traiter tous, il se contente de les survoler. Cyclope et Tornade ne sont que figurants, Malicia est un peu abandonnée en cours de route, Xavier n’intervient que par intermittence… Seul Wolverine a droit à un traitement de faveur, et on en vient à se demander si le film n’aurait pas dû se concentrer davantage sur lui.

La structure globale du scénario souffre des mêmes problèmes. Témoin le prologue à tiroirs qui s’ouvre sur l’enfance de Magnéto, puis sur les déboires amoureux de Malicia, puis sur la vie bohème de Wolverine… La thématique générale du film elle-même, qui tourne autour du racisme et de l’intolérance, ne parvient pas non plus à se développer par manque de place. C’est d’autant plus dommage que les intentions de Bryan Singer, le talentueux réalisateur et scénariste d’Usual Suspect, étaient on ne peut plus honorables. « Peu importent le nombre d’effets spéciaux ou le genre de bande dessinée dont on s’inspire », déclare-t-il. « Ce qui m’intéresse de prime abord dans un scénario, c’est l’aspect humain. A mes yeux, les gens sont comme des oignons : chaque couche révèle de nouvelles facettes. Voilà ce qui me fascinait notamment chez les X-Men. Il faut creuser pour apprendre à les connaître, quel que soit le camp qu’ils ont choisi. » (1)

Or il y avait matière à de nombreux approfondissements en puisant dans le riche matériau créé par Stan Lee et Jack Kirby, et partiellement hérité du roman « A la poursuite des Slans » d’A.E. Van Vogt (1946) dans lequel les mutants étaient déjà objets de haine et de jalousie à cause de leurs capacités paranormales les reléguant automatiquement au rang d’êtres anormaux aux yeux du commun des mortels. Restent quelques séquences d’anthologie, comme l’apesanteur des armes qui se retournent contre leurs possesseurs ou la brève altercation entre Cyclope et le Crapaud dans la gare. Notons aussi un casting très judicieux, qui a permis à chaque héros de papier de trouver un visage en chair et en os, Hugh Jackman et Patrick Stewart en tête. Au final, X-Men ressemble au pilote d’une série TV luxueuse plus qu’à un film à part entière, et le dénouement très ouvert est d’ailleurs construit en ce sens. Toujours est-il que le film de Bryan Singer a su revigorer un genre en sérieuse perte de vitesse – le film de super-héros – et donner une seconde chance cinématographique au patrimoine Marvel, dont le point culminant allait être le prodigieux Spider-Man de Sam Raimi.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2006


© Gilles Penso
Thema: SUPER-HÉROS, Mutants