2000 - LE GRINCH

(How the Grinch Stole Christmas)
de Ron Howard (Etats-Unis)
Avec Jim Carrey, Taylor Momsen, Jeffrey Tambor, Christine Baranski, Bill Irwin, Molly Shannon, Clint Howard


A l’époque où Tim Burton était sur le point de perdre peu à peu son âme en sacrifiant au cynisme nihiliste (Mars Attacks !), à la redite sans finesse (Sleepy Hollow) et à la recette impersonnelle (La Planète des Singes), ses imitateurs, eux, tentèrent maladroitement de prendre le relais. Le Grinch est probablement l’un des plus poussifs de ces avatars d’inspiration burtonesque. Certes, les historiens rétorqueront que le film de Ron Howard adapte un roman écrit en 1957 par Dr Seuss, un auteur qui inspira largement le réalisateur de Beetlejuice tout au long de sa carrière. Mais il n’empêche que l’ombre de L’Etrange Noël de Monsieur Jack et de Edward aux Mains d’Argent plane avec omniprésence sur ce conte de fée sans saveur.

Tout y est, du village kitsch et coloré surplombé par une montagne en forme de vague sur laquelle sévit un paria au monstre qui se déguise en Père Noël pour faire basculer la fête dans l’épouvante, en passant par la comptine de la petite fille et le swing du méchant qui scandent le récit pour le muer de temps en temps en comédie musicale…  Le Grinch du titre est un croquemitaine aux poils verts exilé depuis cinquante trois ans par le peuple des Whos dans une grotte du mont Crumpit, en compagnie de son chien Max. Misanthrope, solitaire et grognon, il a développé une véritable allergie pour tout ce qui a un rapport avec Noël. Aussi, lorsque les habitants de Whoville entament les préparatifs du réveillon, décorent leurs maisonnettes et entonnent les chants de rigueur, une terrible colère s’empare de lui (comme on le comprend !). Malgré les interventions de Cindy Lou, une petite fille décidée à en savoir plus sur lui, le Grinch prépare une vengeance à la hauteur de sa sinistre réputation : se substituer au Père Noël et gâcher à tout jamais les festivités…

Ce n’est ni dans les costumes bigarrés, ni dans les décors dégoulinants à la Gaudi, ni dans la direction artistique d’une manière plus générale qu’il faut chercher de la nouveauté. Tout a déjà été vu ailleurs, en mieux, et l’absence d’unité visuelle crée un sentiment proche de l’indigestion. Le peuple des Whos en est un bon exemple. Selon les personnages, certains arborent des prothèses grotesques, d’autres de simples faux nez, d’autres un visage humain normal, en dépit de toute logique. Seul le Grinch bénéficie d’un maquillage digne de son créateur Rick Baker, mais comme Jim Carey se contente la plupart du temps d’auto-parodier sa performance dans The Mask, nous sommes une fois de plus en terrain archi-connu.

Quelques bonnes idées visuelles pointent parfois le bout de leur nez, comme le porte-voix qui permet à un petit chien de rugir comme un monstre, le trombone qui abrite un trompettiste miniature, ou la mitrailleuse à guirlandes, mais ça reste assez maigre côté innovations. Mais où est donc passé Ron Howard derrière toute cette guimauve ? A part quelques nains qui s’agitent et une descente endiablée le long d’une montagne enneigée, timides réminiscences de Willow, l’auteur d’Apollo 13 brille ici par son absence. Il nous avait pourtant prouvé de vraies affinités avec le conte de fées via de sympathiques œuvrettes telles que Splash, Cocoon ou justement Willow.
© Gilles Penso
Thema: Contes de fées


BONUS : La sculpture originale créée par Rick Baker