2000 - DESTINATION FINALE

(Final Destination)
de James Wong (USA)
avec Devon Sawa, Ali Larter, Kerr Smith, Tony Todd, Kristen Cloke, Sean William Scott, Daniel Roebruck
 
Destination Finale s’amorce comme un film catastrophe spectaculaire, avec la mise en scène d’un des crash aériens les plus traumatisants jamais montrés à l’écran. Vues de l’intérieur d’une carlingue disloquée, les victimes s’embrasent dans un hurlement d’horreur collectif qui glace le sang… Mais tout ceci n’est qu’un rêve. Ou plutôt une vision prémonitoire. Le récit s’oriente alors vers les voies du thriller paranormal, en se concentrant sur Alex Chance Browning (Devon Sawa), un étudiant qui devait faire partie du vol et qui s’est enfui juste avant le décollage car il avait prévu la catastrophe.
 
Ce postulat étant posé, Destination Finale prend sa vraie tournure, celle d’un slasher parsemé de meurtres violents et singuliers. A la différence près qu’ici, l’assassin n’est pas un simple tueur en série, c’est la Mort en personne. Fâchée qu’une poignée de personnes ait échappé à l’explosion de l’avion à laquelle elles étaient destinées, la Grande Faucheuse entreprend de corriger cette erreur. Ainsi, James Wong et Glen Morgan, ex-scénaristes de la série X-Files, nous offrent-ils l’un des films d’épouvante les plus originaux et les plus terrifiants de ce début de vingt-et-unième siècle. Car la Mort n’apparaît pas ici sous les traits d’une créature encapuchonnée et cadavérique, pas plus que ses interventions ne prennent un tour surnaturel. Au contraire, tout ressemble à une série d’accidents anodins, des coïncidences fâcheuses, des concours de circonstance qui font qu’une personne, seule chez elle au milieu de ses appareils ménagers, risque à tout moment de périr noyée, électrocutée ou égorgée…
 
Voilà toute la force des séquences d’angoisse viscérales véhiculées par le scénario de Destination Finale : le pire pourrait arriver n’importe quand, à n’importe qui. Sauf qu’ici, le hasard n’a pas vraiment son mot à dire. C’est la Camarde qui tire les ficelles, qui planifie la moindre fuite d’eau, la plus petite étincelle, jusqu’à ce que ses victimes soient fauchées en plein vol. On repense alors aux moments de frayeur que nous avait fait connaître le trop méconnu Démon dans l’île de Francis Leroi, dans lequel les objets de tous les jours se retournaient contre leurs possesseurs. Le film de Wong est en outre servi par un groupe de comédiens convaincants et une mise en scène diaboliquement efficace, qui joue à titiller les nerfs du spectateur avec une minutie démoniaque.
 
Petit détail amusant : comme l’avait fait Joe Dante dans Hurlements, Wong et Morgan ont donné à leurs personnages les noms de réalisateurs ou d’acteurs de l’âge d’or du cinéma d’épouvante. Ainsi se côtoient les Browning, Lewton, Hitchcock, Schreck, Waggner, Chaney, Murnau, Dreyer et autre Siegel. Le succès du film le mua en premier épisode d’une longue saga. Cet hommage à tout un pan de l’histoire du fantastique passe aussi par la mise en place d’un personnage relais, dans l’esprit de la Gitane du  Loup-Garou , incarnée par Maria Ouspenkaya, qui délivrait aux protagonistes et aux spectateurs les informations nécessaires à la compréhension du drame en cours. Ce rôle est ici assumé par Tony Todd, ex-Candyman reconverti en mémorable messager funèbre.
 
© Gilles Penso
Thema: La Mort, OBJETS VIVANTS