1997 - LE MONDE PERDU : JURASSIC PARK

 

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(The Lost World – Jurassic Park)
de Steven Spielberg (Etats-Unis)
Avec Jeff Goldblum, Julianne Moore, Richard Attenborough, Peter Postlethwaite, Richard Attenborough, Vince Vaughn
 


Deux périodes distinctes partagent la carrière de Steven Spielberg. La première s’achève avec Jurassic Park. La seconde commence avec Le Monde Perdu. Entre les deux, une œuvre définitive, bouleversante, irréversible, marqua à tout jamais le cinéaste : La Liste de Schindler. Reculant sans cesse la réalisation de ce projet qui l’effrayait, essayant même de convaincre Roman Polanski ou Martin Scorcese de le réaliser à sa place, il le prit finalement à bras le corps en en fit le chef d’œuvre que l’on sait. Mais en braquant ses caméras sur la Shoah, il changea sa manière d’appréhender le cinéma. Ecartant désormais les cadrages larges au Cinémascope, les éclairages trop artificiels (comment oublier les nuits sublimement irréelles de Rencontres du Troisième Type ou E.T. ?), les partitions chargées de thèmes épiques à la Richard Wagner, les figures héroïques trop archétypales, il se mit en quête de réalisme, ce qu’Il Faut Sauver le Soldat Ryan allait confirmer avec un immense brio. 

Du coup, Le Monde Perdu : Jurassic Park s’est imprégné de la noirceur de La Liste de Schindler, ne serait-ce qu’à travers son traitement visuel. Désormais, Janusz Kaminski est l’alter ego visuel de Spielberg, signant la photographie de tous ses films. Et son approche de la jungle préhistorique arpentée par les humains transpire la moiteur, la peur et le sang. « J’interviens toujours sur la lumière », précise Spielberg. « J’essaie de l’utiliser en tant qu’outil de narration. Je décide de l’emplacement de la caméra, de l’optique. Souvent, Janusz et moi sommes d’ailleurs en désaccord sur le choix de la focale, mais ce sont toujours des discussions constructives. Je m’occupe toujours moi-même de la composition des plans que je soumets ensuite au cadreur, pour qu’il comprenne ce que j’essaie d’obtenir. Mais je n’éclaire rien moi-même. Je laisse Janusz faire des miracles avec la lumière. » (1) Mais la richesse du traitement graphique du Monde Perdu ne suffit pas à sauver le film. Il faut dire qu’avec le médiocre roman de Michael Crichton comme point de départ (tellement moins palpitant que le précédent), Spielberg partait entravé d’un sérieux handicap. 

Le scénario de David Koepp s’éloigne donc du matériau littéraire, reprend quelques éléments du premier livre (l’attaque de la petite fille par les minuscules compsognathus, le ptéranodon qui menace les héros) et semble surtout conçu pour accumuler les scènes qui firent le succès du film précédent : la première apparition en plein jour des gigantesques herbivores, les véhicules des héros attaqués en pleine nuit et sous la pluie par un tyrannosaure, l’assaut final des vélociraptors dans les locaux du parc… L’effet de surprise ne jouant plus, seules quelques idées visuelles font vraiment mouche, notamment la battue des raptors qui se camouflent dans les hautes herbes pour mieux fondre sur leurs victimes ou la chasse aux dinosaures, variante antédiluvienne de celles d’Hatari. Le trop-plein de protagonistes empêche toute identification de la part du spectateur, et le summum de l’absurde est probablement atteint dans cette scène impensable où la fille adoptive de Ian Malcolm effectue des figures d’acrobatie sur des barres parallèles pour affronter les raptors !

Si le premier Jurassic Park entretenait de nombreuses similitudes avec King Kong, cette séquelle se pare d’allusions encore plus flagrantes au classique de Schoedsack et Cooper. Cette fois-ci, le tyrannosaure vedette est carrément ramené en ville dans un navire baptisé « Venture », comme celui qui transportait le gorille géant en 1933, et saccage la cité comme tout bon dinosaure qui se respecte (est-ce pour justifier le titre de Monde Perdu emprunté sans vergogne à Arthur Conan Doyle ?). Renforçant la référence, la partition de John Williams oublie en grande partie les thèmes composés dans le premier Jurassic Park pour imiter les accents martiaux de la musique de Max Steiner. Spielberg s'épanouissant dans la diversité, il alternera
dès lors les œuvres sombres et les exercices de style plus légers.


(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2012.

© Gilles Penso
Thema: DINOSAURES


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