1992 - DOCTEUR MORDRID

(Doctor Mordrid)
de Charles et Albert Band (USA)
Avec Jeffrey Combs, Yvette Nipar, Jay Acovone, Keith Colouris, Ritch Brinkley, Brian Thompson, Pearl Shear 

Même si Dr Mordrid n’est pas une adaptation officielle des aventures du Docteur Strange de chez Marvel Comics, il s’en rapproche beaucoup. Et sans la question des droits d’auteurs, il y a fort à parier que Charles Band (producteur et co-réalisateur du film avec son père Albert) aurait accentué davantage les liens entre son héros et celui imaginé par Stan Lee et Steve Ditko. Ici, le magicien du titre a réussi à battre et emprisonner Kobal, la source du mal ultime, il y a un siècle de ça. A présent, sous le nom du Dr Mordrid, il vit à New York, où il est le gardien d’une ouverture menant à un autre monde.

Hélas, Kobal s’est échappé et désire pénétrer dans notre dimension afin d’y lâcher des hordes de démons grâce auxquels il pourra dominer le monde. Seul Mordrid peut s’opposer à ses projets. Kobal commence alors une campagne de terreur en organisant des crimes brutaux… Sous la cape du Dr Mordrid, Jeffrey Combs est ici aux antipodes du docteur Herbert West qui le fit connaître du public dans Re-Animator. Serein, paisible, sain et charismatique, il incarne évidemment les forces du bien, face à un maléfique Brian Thompson qui cabotine un peu sous la défroque du super-vilain. Le film est raisonnablement distrayant, même si l’intrigue n’échappe pas à une certaine linéarité. Lorsque Mordrid, en garde à vue dans un commissariat, essaie vainement de convaincre les policiers de la nature surnaturelle des forces qui s’apprêtent à se mesurer et dont l’issue du combat n’est autre que le salut de la race humaine, on ne peut s’empêcher de penser à Terminator, où Michael Biehn était dans une bien semblable situation.

La seule séquence vraiment mémorable du film, chose coutumière chez Band, est due à l’animateur David Allen, maître d'œuvre des poupées de la saga Puppet Master. Elle se situe au moment du climax, dans un Muséum d'Histoire Naturelle, et montre l'affrontement entre deux squelettes monstrueux, celui d'un tyrannosaure et celui d'un mastodonte, ramenés à la vie par Mordrid et Kobal. La scène étant conçue comme un hommage manifeste au travail de Ray Harryhausen, le T-Rex décharné finit par dévorer un policier qui lui tire inutilement dessus, réminiscence d'un des moments forts du  Monstre des Temps Perdus . Le combat lui-même n'est pas vraiment excitant, dans la mesure où les deux créatures qui se mordillent et s'envoient bouler timidement sont déjà des cadavres ambulants, mais leur animation est très soignée, même si Allen, volontiers auto-critique, ne s'avoua guère satisfait par le résultat.  « Les figurines des squelettes étaient très petites », nous expliquait-il. « Il était donc pratiquement impossible d’effectuer les mouvements quasi-microscopiques qui s’imposaient, en particulier lorsque les deux monstres commencent à peine à remuer. La qualité des articulations était également en cause. Si j’avais pu à l’époque utiliser un système de contrôle vidéo, j’aurais pu affiner l’animation. » (1)

Pour les besoins du film, David Allen anime aussi les êtres démoniaques qui sont sur le point d’envahir notre monde. Il s'agit de quatre créatures plus ou moins humanoïdes, à peine visibles à cause de la brièveté des quatre plans qui les concernent et de l'abondance d'effets lumineux qui accompagnent leur apparition. L'un est affublé de canines hypertrophiées, l'autre a des allures de gargouille au museau allongé, le troisième ressemble aux loups-garous animés de Hurlements et le dernier arbore des traits reptiliens. A peine les a-t-on aperçus que ces êtres lovecraftiens disparaissent définitivement derrière une lourde porte de pierre, à l'issue d'une scène finale plus mouvementée que le film tout entier. Le compositeur Richard Band, facilement influençable (on se souvient du thème de Re-Animator  calqué presque note par note sur celui de Psychose), imite ici fidèlement Danny Elfman, en particulier les partitions de Flash et Dick Tracy.  

(1) Propos recueillis par votre seviteur en avril 1998


© Gilles Penso  
Thema: SUPER-HÉROS, Sorcellerie

BONUS : Le combat des squelettes animé par David Allen