1990 - LA NURSE

(The Guardian)
de William Friedkin (Etats-Unis)
avec Jenny Seagrove, Dwier Brown, Carey Lowell, Brad Hall, Miguel Ferrer, Natalia Nogulich, Pamela Brull, Gary Swanson

Quand on réalise en début de carrière des œuvres aussi définitives que French Connection, L’Exorciste ou Le Convoi de la Peur, la comparaison est généralement difficile face aux films ultérieurs. La Nurse en est un bon exemple. Le sujet est original, la mise en scène habile et les comédiens convaincants. Mais de la part de William Friedkin, est-ce suffisant ? Le scénario adapte un roman de Dan Greenburg et prend pour héros Phil (Dwier Brown, second rôle dans Jusqu’au bout du rêve) et son épouse Kate (Carey Lowell, James Bond Girl de Permis de Tuer), qui s’installent dans une belle maison californienne en lisière de forêt. Lorsque Kate donne naissance au petit Jake, ils se mettent en quête d’une nourrice, par l’entremise de l’agence « Les Anges Gardiens ». Celle qu’ils sélectionnent, une étudiante férue de sport, meurt mystérieusement dans un accident de vélo.

Ils optent alors pour leur second choix, la séduisante Camilla (Jenny Seagrove, future vedette de la comédie romantique Amour sous influence). Camilla s’installe chez eux, s’occupe du bébé à merveille, et la situation semble idéale. Mais peu à peu, Phil se sent troublé par la présence de la belle nourrice, qui vient même le hanter jusque dans ses rêves érotiques. Un jour, alors qu’elle est seule dans la forêt avec Jake, trois voyous l’agressent. Un arbre immense et inquiétant, dans l’écorce duquel ou pourrait deviner une grimace monstrueuse, s’en prend alors à eux, décapitant, écrasant, dévorant et empalant les assaillants, avant que leurs corps ne soient dévorés par une horde de coyotes. Car Camilla n’est pas une fille comme les autres. Il s’agit d’un esprit de la forêt, doté de pouvoirs surnaturels et adorant un arbre druidique auquel elle sacrifie régulièrement des nouveaux-nés…Trop frontal, le scénario de La Nurse annonce la couleur dès sa première séquence et nous prive du même coup du doute délicieux qui sied si bien à de nombreux films d’épouvante depuis Rosemary’s Baby.

Camilla est-elle une créature maléfique ou tout se passe-t-il dans la tête de parents paranoïaques ? Cette question, le public ne se la pose jamais, et l’intrigue suit dès lors un fil bien linéaire. D’autre part, plusieurs séquences sombreraient carrément dans le ridicule si Friedkin n’y apposait pas la patte du grand réalisateur qu’il n’a jamais cessé d’être. Ainsi parvient-il à nous effrayer avec des visions quasi-surréalistes, comme Phil poursuivi dans les bois par Camilla soudain délivrée des lois de la pesanteur, la nurse étendue nue sur l’arbre vivant qui la caresse du bout des branches sous l’œil d’une meute de coyotes ou ces visages pétrifiés de bébés qui semblent gravés dans l’écorce. La mise en scène transcende du coup un scénario basique et souvent incohérent, et nous gratifie même d’un climax assez mémorable où Phil attaque l’arbre monstrueux à la tronçonneuse, provoquant des geysers de sang à chaque entaille, tandis que Camilla tombe en morceaux en hurlant. Certes, le film est mineur et tout à fait facultatif, mais il se laisse apprécier sans déplaisir. D’autant que Jenny Seagrove a sans doute trouvé là le rôle le plus intéressant de toute sa carrière.


© Gilles Penso 
Thema: VÉGÉTAUX, Sorcellerie