1988 - MAMBA

de Mario Orfini (Italie)
Avec Trudie Styler, Gregg Henry, Bill Moseley, John Randolph, Rene Auberjonois, John MacAndrews 

Connu également sous le titre Fair Game, Mamba est un pur produit des années 80. Tout y est : la musique synthétique de Giorgio Moroder, l’esthétique des vidéo-clips, les brushings impeccables, les « tubes » à la Cindy Lauper… Et pourtant, ce petit thriller d’épouvante a franchi sans trop de mal le cap des années, grâce à l’efficace sobriété de son concept et à son habile gestion de l’unité de lieu et de temps. Frais émoulu de sa remarquable prestation dans Body Double, Gregg Henry interprète ici Gene, un concepteur de jeux vidéo. Contrairement aux archétypes fantasques et lunaires souvent de mise dans ce corps de métier, Gene est un homme froid et calculateur qui met un point d’honneur à tout contrôler sans supporter le moindre imprévu.

Aussi, lorsqu’Eve, sa petite amie, décide de se séparer de lui, autant dire qu’il réagit mal. Point de cris ni de larmes, ce n’est pas le genre du bonhomme, mais un acte de vengeance qui prend la forme d’un machiavélique stratagème. Première étape : se procurer un mamba, redoutable serpent venimeux, se débarrasser froidement de son propriétaire, puis injecter au reptile une solide dose d’hormones qui décuplent son agressivité mais réduisent son espérance de vie. Deuxième étape : pénétrer dans le splendide loft de l’ex-petite amie et y lâcher la bête, en espérant qu’elle mordra mortellement l’impudente avant de succomber à son trop plein d’hormones. Dernière étape : verrouiller la porte de l’appartement et couper le téléphone. Le compte à rebours est donc lancé, et comme Gene adore tout maîtriser, il peut vérifier le moindre mouvement du prédateur et de la victime sur un écran d’ordinateur qu’il a installé dans sa voiture, grâce à des capteurs judicieusement implantés.

C’est ainsi que démarre un diabolique jeu vidéo de son invention, qu’il a naturellement baptisé « Fair Game ». Le point de départ du film est des plus astucieux. Dommage que deux composantes empêchent le suspense de fonctionner à plein régime : l’interprétation sans saveur de Trudie Styler (compagne et future épouse du chanteur Sting, ce que mentionneront en gros certaines jaquettes allemandes du film) dans le rôle d’une victime au comportement trop excessif pour convaincre, et la rareté des séquences où la jeune femme et le serpent sont vus ensemble dans les mêmes plans.

On note plusieurs idées scénaristiques ingénieuses, notamment la manière dont Eve se rend compte de la présence du serpent chez elle (elle l’aperçoit sur son écran de télévision alors qu’elle enregistre un message vidéo pour son ex-petit ami), et le retournement de situation final, pas très crédible mais plutôt surprenant. Artistiquement, le film bénéficie en outre de quelques atouts majeurs, les moindres n’étant pas le directeur artistique Ferdinando Scarfiotti, oscarisé la même année pour son travail sur Le Dernier Empereur, et la chef costumière Milena Canonero, à l’œuvre sur rien moins que Barry Lindon, Midnight Express et Les Chariots de Feu. Et puis il y a la présence du trop rare et trop sous-estimé Gregg Henry, extraordinaire de froideur et de duplicité, mais dont le masque robotique et inexpressif laisse transparaître en de fugitifs instants une lourde charge émotionnelle refoulée. 

© Gilles Penso

Thema : Reptiles et Volatiles