1985 - LEGEND

 
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de Ridley Scott (Grande-Bretagne)
Avec Tom Cruise, Mia Sara, Tim Curry, David Bennent, Alice Playten, Billy Barty, Cork Hubbert, Peter O’Farrell, Kiran Shah


Avec Alien et Blade Runner, Ridley Scott s’est taillé une réputation d’orfèvre en matière de cinéma fantastique stylisé. Avec Legend, le cinéaste décida donc de s’immerger à nouveau dans un univers imaginaire. Mais pour varier les genres, l’héroïc fantasy atemporelle succède ici à la science-fiction futuriste. Nous sommes donc dans un royaume enchanté, où hommes et bêtes se côtoient paisiblement sous la protection d’un couple de licornes sacrées. Lili, une jeune et belle princesse incarnée par Mia Sara, habite ce pays de lumière dont elle aime explorer les bois en compagnie de son ami Jack, un tendre et joyeux ermite qui connaît tous les secrets de la nature, et à qui Tom Cruise, pas encore portée aux nues par Top Gun, prête ses traits juvéniles. Mais, sous ce paradis, dans les entrailles de la terre, se dissimule un être maléfique : Darkness, qui rêve de plonger le monde dans les ténèbres. Pour y parvenir, il lui faut détruire les deux licornes. La première succombe au dard mortel de trois diaboliques lutins. Jack et Lili sont désormais les seuls à pouvoir rétablir l’équilibre… 


On pourrait reprocher à Legend de sacrifier le fond au profit de la forme, d’oublier parfois son histoire pour se concentrer sur des décors fabuleux, des éclairages magnifiques, une photographie très soignée, bref une esthétisation extrême. Mais ce déséquilibre manifeste n’ôte aucun des charmes de Legend, qui ne se prête pas à une grille de lecture traditionnelle. C’est justement cette stylisation qui évite au joli conte de fée raconté ici de sombrer dans la mièvrerie. L’ambiguïté de Darkness, affreux et beau à la fois, comme celle des décors, lumineux et sombres en même temps, apportent au conte une dimension nouvelle, un style très particulier, hybride à mi-chemin entre Walt Disney et la Hammer, entre l’iconographie hollywoodienne et un esthétisme mi-européen mi-oriental du plus curieux effet.  

« Lorsque j’étais adolescent, ma culture cinématographique se limitait aux films américains », nous raconte Ridley Scott. « J’étais donc influencé par le style, la morale et les icônes d’Hollywood. Lorsqu’ensuite j’ai commencé mes études à Londres, j’ai découvert d’autres formes de cinéma, notamment les films européens, ceux d’Ingmar Bergman et d’Akira Kurosawa. C’est à partir de là que j’ai su que je deviendrai moi-même réalisateur de films. » (1) Ces influences multiples surgissent dans la splendide forêt de studio de Legend, où pleuvent les fleurs et les bulles, et où s’animent toutes sortes de créatures fabuleuses : une espèce de fée Clochette échappée de Peter Pan, des gnomes en tout genre, un petit satyre violoniste, deux adorables licornes ou encore une abominable sorcière dégoulinante. 

Quant au fameux Darkness, superbement interprété par Tim Curry (le Frankenstein transsexuel du Rocky Horror Picture Show) et créé par le maquilleur surdoué Rob Bottin, c’est la personnification en chair, en os et en latex du Diable de Fantasia. Inspiré à la fois d’un taureau et du Joker de Batman, c’est probablement l’un des plus beaux monstres que nous ait offert le cinéma fantastique. Toute cette faune mi-surréaliste mi-expressionniste prend vie sous les accords féeriques du génial compositeur Jerry Goldsmith, qui verse par moments dans la comédie musicale étrange et mélancolique.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 2005

© Gilles Penso
Thema: HEROIC FANTASY



BONUS : Darkness, l'une des plus belles créations du maquilleur Rob Bottin


BONUS : Superbe maquillage de sorcière par Rob Bottin


BONUS : Un poster alternatif donnant la vedette à Darkness