1983 - CHRISTINE

de John Carpenter (Etats-Unis)
Avec Keith Gordon, John Stockwell, Alexandra Paul, Robert Prosky, Harry Dean Stanton, Christine Belford


Sensibilisé par les succès de Carrie et Shining, le producteur Richard Kobritz se lança à son tour dans l’adaptation d’un roman de Stephen King. S’il jeta son dévolu sur « Christine », alors que le roman n’était pas encore publié, c’est qu’il y trouva trois composantes propres à lui attirer les faveurs d’un large public américain : l’adolescence, le rock’n roll et les voitures. A peine remis de l’échec ô combien injuste de The Thing, John Carpenter s’installa sur le fauteuil du réalisateur. Christine raconte l’histoire d’Arnie Cunningham, un jeune lycéen américain timide et complexé, qui semble être l’exact opposé de son ami Dennis, sportif, populaire et courtisé par les filles.

Un beau jour, Arnie tombe littéralement sous le charme d’une vieille voiture qui traîne comme une épave rouillée dans l’arrière-cour d’un garage sinistre. Dennis tente de le dissuader de faire une folie, mais Arnie a le coup de foudre : il achète cette Plymouth Fury vieille de 21 ans, qui répond au doux nom de Christine, et passe dès lors tout son temps libre à la restaurer. Bientôt, la voiture retrouve miraculeusement sa jeunesse. Sa carrosserie brille d’un rouge vif flamboyant, son moteur rugit comme s’il sortait de l’usine, et sa vieille radio chante joyeusement les tubes de 1957. Mais peu à peu, l’âme diabolique de la voiture possède Arnie et s’acharne à détruire quiconque s’interpose entre elle et le jeune homme…

Le roman de Stephen King adoptait un mode de narration inhabituel, chacun de ses actes étant conté à la première personne par un protagoniste différent. Sans aller jusqu’à opter pour le même procédé, le scénario de Bill Phillips s’avère remarquablement fidèle au texte initial, malgré quelques épurations nécessaires dues à la taille du texte initial, et l’expurgation du fantôme hantant Christine. Du coup, le film parle moins d’une voiture hantée que d’un objet maléfique doté d’une personnalité propre. A sa maîtrise de l’épouvante, Carpenter ajoute ici une autre de ses passions : le rock’n roll. « J’ai pour habitude de fredonner régulièrement des chansons des Beatles lorsque j’arrive sur les plateaux de tournage », nous avoue-t-il (1). La bande originale du réalisateur/compositeur, synthétique et sommaire comme à son habitude, se mêle donc avec bonheur aux tubes des fifties qui ponctuent le film, ceux-là mêmes qui se trouvaient, par extraits interposés, en exergue de chaque chapitre du roman de King.

L’un des aspects les plus fascinants du film est la métamorphose psychologique et physique de son « héros ». Cette mutation suit en toute logique celle de la voiture elle-même, vieille guimbarde rouillée et pitoyable changée en un bolide flambant neuf doté d’une « force de caractère » étonnante. Si le trucage employé pour visualiser les « résurrections » de Christine est d’une simplissime efficacité – les plans de froissage de tôle sont montés à l’envers – la concrétisation technique du film n’alla pas sans mal, nécessitant l’achat à prix d’or de vingt-trois Plymouth Fury et la destruction de la plupart d’entre elles. Pas aussi prestigieuse que les œuvres de Brian de Palma et de Stanley Kubrick, Christine est pourtant sans conteste l’une des adaptations les plus réussies de l’œuvre de Stephen King.


(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 1995
© Gilles Penso
Thema: OBJETS VIVANTS

BONUS : John Carpenter, Keith Gordon… et Christine