1982 - LA FELINE

(Cat People)
de Paul Schrader  (Etats-Unis)
avec Nastassja Kinski, Malcolm McDowell, John Heard, Annette O’Toole, Ruby Dee, Ed Begley Jr, Scott Paulin
 


En s’attelant au remake de La Féline de Jacques Tourneur, Paul Schrader s’est attaché à rendre explicite tout ce qui avait été simplement évoqué dans le film précédent : l’érotisme, la violence et les effets spéciaux. Du coup, la belle Nastassja Kinski (reprenant le rôle d’Irena, la femme panthère incarnée par Simone Simon) révèle ici son anatomie sous la moindre de ses coutures, le sang coule généreusement (notamment avec le bras arraché d’un employé du zoo ou les restes en charpie d’une victime dans un hôtel), et le maquilleur Tom Burman s’adonne à des métamorphoses très graphiques, héritées d’Hurlements et du Loup-Garou de Londres. Même le scénario s’efforce de nous expliquer en détail l’origine de ces étranges « cat people » : un peuple qui sacrifiait jadis des nouveaux-nés aux fauves, jusqu’à ce que l’âme des animaux ne s’empare d’eux et ne les transforme en bêtes humaines condamnées à l’inceste, sous peine de se transformer en félins dès le premier acte sexuel, et de ne pouvoir retrouver forme humaine qu’après avoir dévoré leur amant.

Et tandis qu’Irena avoue en début de film qu’elle a toujours eu « un étrange métabolisme », son frère Paul lui résume plus tard sans concession la malédiction qui les frappe : « Chaque fois que cela arrive, tu te dis que c’est l’amour. Mais ce n’est pas le cas. C’est le sang. Et la mort. Tu ne peux échapper à ton cauchemar sans moi, et je ne peux échapper à mon cauchemar sans toi. Je t’ai attendue longtemps… » Ce parti pris démonstratif est tout à fait en accord avec les envies du public des années 80, bien moins enclin à la suggestion que celui des années 40, mais on ne peut s’empêcher de garder un faible pour les subtilités de la version Tourneur. D’ailleurs, lorsque le film de Schrader imite littéralement son modèle, avec l’entrée de champ du tramway qui rugit comme un fauve ou la scène de la fille terrorisée dans la piscine (la prude Jane Randolph étant ici remplacée par une Annette O’Toole aux seins nus), il peine à l’égaler en efficacité et en atmosphère. Pourtant, La Féline version 82 n’est pas dénuée de charme.

Le casting est extrêmement intelligent, dans la mesure où Kinski et McDowell se ressemblent effectivement comme frère et sœur et arborent des traits félins indéniables. La mise en scène elle-même regorge d’idées visuelles et d’étonnantes ruptures de rythme, nimbée qu’elle est par une magnifique photographie de John Bailey, tandis que la Nouvelle-Orléans prend ici une tournure onirique, quasi surréaliste, sous la direction artistique inspirée de Fernando Scarfiotti. Quant à la musique de Giorgio Moroder, moins disco et vulgaire qu’à l’ordinaire, elle se pare avec bonheur des vocalises envoûtantes de David Bowie. De son propre aveu, Paul Shrader n’y allait pas de main morte avec à la drogue pendant le tournage, s’avérant parfois même incapable de diriger ses comédiens, ce qui entraîna l’interruption des prises de vues pendant une journée entière ! Cette nouvelle Féline n’enthousiasma guère la presse de l’époque, trop prompte sans doute aux comparaisons avec le classique qui le précéda de quarante ans.
 
© Gilles Penso
Thema:
MAMMIFÈRES