1981 - L'EMPRISE

(The Entity)
De Sidney J. Furie (Etats-Unis)
Avec Barbara Herschey, Ron Silver, David Labiosa, George Coe, Jacqueline Brookes
 
A l’origine de L’Emprise, il y a un fait divers réel survenu à Los Angeles en octobre 1976, et considéré selon les experts comme « l’un des plus extraordinaires cas dans l’histoire de la parapsychologie », dixit le générique du film qui adapte lui-même un roman de Frank de Felita. Campée par la magnifique Barbara Herschey, Carla Moran est une jeune femme de 32 ans, mère célibataire d’un grand garçon, Bill, et de deux petites filles, Julie et Kim. Un soir, elle est agressée dans sa chambre par une créature invisible qui la frappe, l’étouffe et la viole sauvagement.
 
Personne ne croit à son histoire, que l’on attribue à un cauchemar, mais lorsque l’entité prend en plein jour le contrôle de son véhicule, manquant de la tuer, elle décide d’aller voir un psychiatre de l’hôpital, le docteur Sneiderman (Ron Silver). En creusant la question, ce dernier développe une théorie liée aux peurs subconscientes de Carla. « Certaines phases de notre vie ne meurent jamais tout à fait, et elles nous affectent pendant toute notre vie », lui déclare-t-il. « Elles se manifestent quelques fois avec un esprit de vengeance. Elles peuvent créer des illusions, des angoisses et des hallucinations. » Persuadé que le tabou développé autour du sexe dans l’enfance de la jeune femme est à l’origine de ce visiteur imaginaire, il invoque le complexe d’Œdipe, affirmant : « votre créature est un symbole ».
 
Mais les attaques suivantes excluent peu à peu la thèse psychanalytique. Il y a d’abord ce viol dans la salle de bains, puis cette agression devant les enfants de Carla accompagnée d’éclairs électriques, et enfin cette scène incroyable où le corps dénudé de la jeune femme est malaxé par des doigts invisibles. Le trucage, hallucinant, utilise un corps factice conçu par Stan Winston et James Kagel, et la séquence est d’autant plus troublante que Carla connaît un orgasme. Celle-ci finit par faire appel à une équipe de parapsychologues, qui tente une expérience de la dernière chance : reconstituer la maison de Carla dans un gymnase de l’université et tenter de congeler la créature avec de l’hélium liquide, afin de prouver qu’elle a une masse et qu’elle n’est pas une simple projection psychique.
 
La force d’un tel sujet trouve un précieux écho dans l’interprétation extraordinaire de ses comédiens (Barbara Hershey remporta en 1982 le prix d’interprétation du Festival d’Avoriaz) et par la mise en scène très inspirée de Sidney J. Furie. Ce dernier crée un climat de malaise dès les premières minutes du film, jouant en maître avec ses cadrages, ses éclairages, ses angles de prise de vue, sa bande son et son montage. Refusant les effets chocs et les ellipses tentantes, il étire ses séquences, prolonge des plans apparemment anodins et construit de véritables morceaux d’anthologie en matière d’épouvante. La musique de Charles Bernstein, bien qu’un peu datée, concourt aussi à entretenir cette atmosphère oppressante qui ne quitte le spectateur que longtemps après la projection. Pas vraiment reconnu à sa juste valeur, L’Emprise a pourtant toutes les qualités d’un classique du genre, à mi-chemin entre  L'Exorciste et Poltergeist avec lesquels il présente de nombreuses similitudes.
 
© Gilles Penso
Thema: Fantômes et Maisons Hantées