1981 - LA MAIN DU CAUCHEMAR

(The Hand)
d’Oliver Stone (USA)
avec Michael Caine, Andrea Marcovici, Annie McEnroe, Bruce McGill, Viveca Linfors, Rosemary Murphy, Mara Hobel, Pat Corley
 
Sept ans séparent les deux premiers longs-métrages d’Oliver Stone. Si le cinéaste rattache volontiers Seizure au genre horrifique, La Main du Cauchemar correspond plus selon lui à la catégorie « thriller psychologique », comme l’était le roman de Marc Brandell dont il s’inspire. Il faut dire qu’entre-temps, Stone fut oscarisé pour le scénario de Midnight Express et ne souhaitait plus se contenter d’un « shocker » au premier degré. La Main du Cauchemar raconte l’histoire tragique de Jonathan Lansdale (Michael Caine), un auteur de bandes dessinées qui chérit tout particulièrement le personnage de Mandro, un héros brutal qui s’inspire de l’univers de Robert Howard (ce qui n’est pas fortuit, puisque Stone est le co-auteur avec John Milius du scénario de Conan le Barbare).
 
La vie de Lansdale bascule le jour où, dans un accident de voiture, sa main droite est tranchée par un camion. Transporté d’urgence à l’hôpital, il se remet du choc, mais sa main étant introuvable, aucune greffe n’est envisageable. Le dessinateur doit donc se rabattre sur une prothèse articulée, et sa carrière est sérieusement compromise. Après avoir refusé de confier les dessins de Mandro à un jeune artiste pour ne s’occuper que des scénarios, Jonathan accepte un poste d’enseignant en Californie. Sa vie de couple, déjà mal en point, n’en ressort guère grandie. D’autant que notre homme, isolé dès lors dans une cabane digne d’Evil Dead, se met à coucher avec Stella (Annie McEnroe), l’une de ses étudiantes. Mais là n’est pas le plus grave. Jonathan est en effet frappé de visions récurrentes depuis son amputation : celles de sa main coupée qui rampe et assassine sauvagement tous ceux qui lui font obstacle. S’agit-il d’hallucinations post-traumatiques ?
 
Très probablement… Mais dans ce cas, comment expliquer la disparition de tous ceux que Jonathan a vu se faire occire par la « bête aux cinq doigts » ? Soucieux de doter La Main du Cauchemar d’une crédibilité psychologique maximale, Oliver Stone sollicita les conseils éclairés du professeur en psychiatrie Stuart Lerner. De fait, la schizophrénie apparente de Jonathan Lansdale semble plus vraie que nature, servie par des effets de mise en scène qui font mouche (l’image vire au noir et blanc lors de ses moments d’absence, des flashs lumineux éclairent son visage pendant ses crises), par des séquences hallucinatoires marquantes (une poignée de douche ou un poulet rôti se transforment furtivement en griffe crispée, une main géante traverse une vitrine et l’empoigne), et surtout par le jeu tourmenté de Michael Caine.
 
Parfait dans le rôle de ce « tueur par procuration », Caine est un choix de casting fort intelligent, bien que Stone ait d’abord envisagé Jon Voigt et Christopher Walken dans le rôle. Quant aux effets spéciaux mécaniques de Carlo Rambaldi, ils s’avèrent très performants et nous offrent les visions de cauchemar promises par le titre français : recouverte d’insectes, la main morte se ranime dans l’herbe, rampe sinistrement aux alentours, puis agresse tous les indésirables. Ambigü et troublant, l’épilogue, variante de celui de Psychose, laisse une sensation de malaise durable…
 
© Gilles Penso
Thema : Mains vivantes

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