1980 - LES MONSTRES DE LA MER

(Humanoïds from the Deep)
de Barbara Peeters (USA)
avec Doug McClure, Ann Turkel, Vic Morrow, Cindy Weintraub, Anthony Penya, Denise Galik, Lynn Theel, Meegan King

Après Piranhas, Roger Corman continue à exploiter le filon juteux des Dents de la Mer en proposant sa propre version de L'Etrange Créature du Lac Noir, dont il confie la mise en scène à Barbara Peeters, ex-comédienne, cascadeuse et directrice artistique. Ici, les hommes-poissons sont le résultat de manipulations génétiques visant à augmenter la taille des saumons à l’aide d’une substance baptisée DNA-5, et ils s’attaquent violemment aux habitants d’une petite ville de pêcheurs, cherchant des femmes à inséminer pour perpétuer leur race et avancer d’un cran dans l’évolution. Pour moderniser le mythe créé par Jack Arnold, Corman a décidé d’y injecter de l’horreur et du sexe.

Ainsi, quelques plans gore nous révèlent des visages à moitié dévorés, de vilaines traces de griffures ou des éventrements sanglants, tandis que la plupart des jeunes femmes attaquées par les hommes poissons se retrouvent invariablement nues comme des vers. Sans parler des séquences dans lesquelles les hommes poissons se couchent de tout leur long sur leurs victimes dénudées pour s’accoupler à elles ! Cela dit, ces passages érotico-zoophiles ne furent ajoutés au montage qu’après-coup, Roger Corman trouvant le premier résultat trop soft à son goût. Refusant de tourner elle-même ces scènes additionnelles parfaitement gratuites, Barbara Peeters fut donc remerciée et remplacée par un metteur en scène de substitut resté anonyme (d’aucuns pensent qu’il s’agit de Corman en personne). Les monstres eux-mêmes, affublés de bras de tailles variables selon les spécimens, ne sont pas des plus convaincants.

Si l’illusion passe encore dans les gros plans furtifs de pattes ou de crânes, ou lors des plans mouvementés d’attaques nocturnes, la vision des costumes en caoutchouc en plein jour nous ramène carrément aux séries B sans le sou des années 50, tant ces gueules hypertrophiées au cerveau apparent, ces écailles factices et ces petites queues en trompette manquent de crédibilité. Rob Bottin, leur créateur, se rattrapera largement quelques années plus tard en concevant quelques-uns des plus beaux monstres de l’histoire du cinéma, notamment l’extra-terrestre de The Thing et le diable de Legend. Mais ici, le budget ne lui permet visiblement pas de faire des merveilles. En tête de casting, on retrouve Doug McClure, héros du Sixième Continent, de Centre Terre Septième Continent et autre Continent Oublié, ici passablement empâté et bedonnant.

Il ne dépareille pas au milieu de comédiens pas plus convaincus que les spectateurs par cette histoire abracadabrante, ponctuée de séquences ridicules, notamment le faux suspense de la jeune fille en petite tenue apeurée chez elle (c’est son petit ami qui lui fait des blagues), ou la grotesque bagarre générale façon western. La partition, qui lorgne tranquillement du côté des violons de Psychose, est l’œuvre d’un James Horner alors débutant. Au cours du climax, les monstres agressent la population au beau milieu d’une fête locale, en une belle séquence de panique hystérique ponctuée de morts violentes. Quant à la scène finale, elle nous renvoie directement à Alien, l’autre influence majeure de ce film patchwork.

© Gilles Penso
Thema: Monstres marins

BONUS : Le poster japonais