1980 - LA PLAGE SANGLANTE

(Blood Beach)
de Jeffrey Bloom (USA/Hong-Kong)
avec David Huffman, Mariana Hill, John Saxon, Stephan Gierash, Burt Young, Otis Young
 
Motivées par le triomphe impensable des Dents de la Mer, premier blockbuster officiel de l’histoire du cinéma (au sens étymologique du terme), toutes les sociétés de production cherchèrent dans la foulée à récupérer des miettes de ses recettes, via l’imitation servile (La Mort au Large), la réadaptation satirique (Piranhas) ou la variante improbable (Les Monstres de la Mer). Ecrit et réalisé par Jeffrey Bloom, la Plage Sanglante s’octroie une once d’originalité en inversant littéralement le concept des Dents de la Mer, ce que confirme l’un des slogans du film : « Cette fois-ci, le danger ne vient pas de la mer… ».
 
Quand le récit commence, sous le soleil radieux de Santa Monica, une quinquagénaire est soudainement engloutie sous la plage, comme si des sables mouvants l’absorbaient. Personne n’ayant assisté à cet étrange spectacle, elle est simplement portée disparue. Mais lorsqu’on retrouve sur les lieux son chien décapité, l’inquiétude monte d’un cran. Au vu des maigres indices récoltés sur place, on attribue le forfait à un homme de haute taille pourvu de grandes mains et d’ongles pointus. Evidemment, la police se fourre le doigt dans l’œil, et la panique véritable survient un jour de grande affluence sur la plage. Car une jeune femme y est soudain attirée par le sable, ses hurlements attirant l’attention des estivants. Lorsqu’on la tire de l’étreinte granuleuse, on constate que ses jambes sont ensanglantées et couvertes de morsures.
 
Dans la peau de Pearson, un capitaine de police acariâtre, John Saxon mène l’enquête et fait ratisser la plage, sans succès. Et les victimes de s’enchaîner, à un rythme régulier qui, avouons-le, finit par engendrer une certaine monotonie. Pourtant, quelques audaces émaillent le jeu de massacre, comme ce chercheur de métaux qui se fait aspirer par la main et réapparaît couvert d’algues dans une bouche d’égout, ou ce violeur sur le point d’agresser une fille qui finit émasculé dans une grosse gerbe de sang ! Au-delà de ses figures de style (les cadrages au ras du sol, l’invisibilité de la menace dévoreuse, la musique de Gil Mellé qui se démarque de la célèbre partition de John Williams), La Plage Sanglante emprunte aussi aux Dents de la Mer  son enjeu principal, autrement dit le fait que la plage s’apprête à être envahie par les vacanciers, ce qui laisse évidemment présager un massacre à grande échelle.
 
Mais si Spielberg révélait immédiatement la nature du danger carnivore, Jeffrey Bloom entretient quant à lui le mystère et ne révèle le monstre qu’en toute fin de métrage, dans le décor très photogénique des ruines souterraines d’un hôtel désaffecté, jonchées de cadavres, où la bête est traquée avec des caméras à infrarouges et des kilos d’explosifs. Très fréquentable malgré plusieurs pertes de rythme dues à des longueurs inutiles (la chanson dans le pub, la description d’une des victimes vêtement par vêtement… ), cette série B décomplexée s’achève sur un dénouement très ouvert… mais ne connaîtra pourtant pas de séquelle, laissant sa créature vorace reposer définitivement six pieds sous terre.
 
© Gilles Penso 
Thema: VÉGÉTAUX

BONUS : le poster italien