1980 - FOG


(The Fog)
de John Carpenter (Etats-Unis)
avec Adrienne Barbeau, Jamie Lee Curtis, Tom Atkins, John Houseman, Janet Leigh, Hal Holbrook, James Canning
 
Dans la foulée d’Halloween, appelé à devenir un colossal succès public, John Carpenter embraya sur Fog, une histoire de fantômes plus ancrée dans l’épouvante traditionnelle. « Je voulais faire un film à l’ancienne comme ceux de Jacques Tourneur, ou comme ces serials sur The Shadow de James V. Horne », explique-t-il à ce propos (1). Les premières séquences de Fog sont serties dans une magnifique photographie nocturne de Dean Cundey, exploitant avec talent toute la latitude du format Cinemascope. « Beaucoup de mes films parlent de gens qui sont emprisonnés, pris au piège, effrayés »  ajoute Carpenter. « L’obscurité est un élément de base de ces sensations. C’est également très photogénique » (2).  
 
Situé dans la petite ville côtière d’Antonio Bay, le film s’ouvre sur une série de phénomènes étranges, qu’on croirait issus de Rencontres du Troisième Type : les téléphones sonnent brutalement dans les cabines, l’électricité s’emballe, de mini-séismes secouent les environs, les pompes à essence se vident, les klaxons et alarment se déclenchent, les téléviseurs s’allument, les objets bougent seuls, les vitres éclatent… Et puis, et surtout, il y a cette nappe de brouillard surnaturelle annonciatrice d’une antique malédiction… Car l’origine de ces mystérieuses manifestations n’est pas extra-terrestre, mais bel et bien spectrale. La légende raconte en effet qu’en 1880, La population d'Antonio Bay coula un bateau transportant des lépreux pour ne pas avoir à les accueillir. Or un siècle après, jour pour jour, alors que tous les habitants se préparent à fêter le centenaire de la ville, les morts reviennent pour se venger.
 
Voilà pour le point de départ, un récit simple dénué de toutes fioritures, d’autant que John Carpenter s’amuse une fois de plus à structurer l’histoire autour de la double unité de lieu et de temps. Le casting de Fog réunit deux héroïnes familières du réalisateur : Adrienne Barbeau (Meurtre au 43ème étage) et Jamie Lee Curtis (Halloween), auxquelles se joint la mère de celle-ci, Janet Leigh, célèbre héroïne de Psychose. Ironiquement, le tournage de Fog s’est déroulé à quelques kilomètres à peine de Bodega Bay, où Hitchcock avait tourné Les Oiseaux. Et pour parachever la filiation avec le maître du suspense, Carpenter s’amuse à faire une petite apparition au début du film, dans le rôle de l’assistant du curé.
 
Simples ombres menaçantes au début du film, les fantômes apparaissent un peu plus précisément vers le dénouement, sans se départir pour autant de leur aura de mystère et de suggestion, proches en cela des abominations du romancier H.P. Lovecraft auquel Carpenter se réfère ouvertement. Silencieux, le pas traînant, le faciès décomposé, ils assaillent les humains comme des zombies, évoquant à la fois les Templiers d’Amando de Osorio et les échappés de l’Enfer de Lucio Fulci. « Le premier montage terminé, ça ne donnait pas du tout le résultat prévu », se souvient John Carpenter. « J’ai donc du retourner un certain nombre de séquences en ciblant un public plus moderne » (3). Force est de constater que cette révision du découpage fut une bonne idée, car en l’état, Fog est un film d’épouvante atemporel d’une redoutable efficacité.
 
(1), (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en février 1995
 
© Gilles Penso
Thema: Fantômes


BONUS :  Un poster alternatif (thanks to Culturbiz)


BONUS :  Le poster espagnol (thanks to Culturbiz)