1979 - CAPTAIN AMERICA

de Rod Holcomb (Etats-Unis)
avec Reb Brown, Len Birman, Heather Menzies, Robin Mattson, Joseph Ruskin, Lance LeGault, Frank Marth, Steve Forrest 

Dans la foulée des séries télévisées consacrées à L’Incroyable Hulk et à L’Homme Araignée, l’équipe de Marvel tenta de porter à l’écran les aventures de Captain America, sous forme d’un téléfilm susceptible de devenir le pilote d’une éventuelle nouvelle série. Le rôle titre est attribué à Reb Brown, ancien boxeur et footballeur à la carrure de G.I. Joe, hélas aussi inexpressif qu’un rhinocéros. Taillé d’emblée comme un bodybuilder, cet habitué des seconds rôles (on a pu le voir notamment dans Kojak, L’homme qui valait trois milliards, C.H.I.P.S., Happy Days, Les Têtes Brûléeset de nombreuses autres séries phare des années 70) ne colle pas du tout au personnage imaginé par Joe Simon et Jack Kirby dans les années 40.

En effet, dans son concept initial, Captain America est d’abord un homme chétif, Steve Rogers, qui se mue dans un second temps en héros surpuissant. La mutation d’un état à un autre donne tout le sel au protagoniste, et accentue l’effet d’identification pour le jeune lecteur de la BD. Mais ici, on ne fait pas dans la nuance. D’ailleurs, la modernisation manifeste du propos ôte à ce Captain America tout lien véritable avec le matériau dessiné dont il est censé s’inspirer. Le massif Brown incarne donc un dessinateur qui a toujours vécu dans l’ombre de son père, un éminent scientifique aujourd’hui décédé. Or il se trouve que papa Rogers a mis au point une hormone spéciale, le FLAG (autrement dit « drapeau »), capable de guérir toutes les blessures mais aussi de décupler les forces. Lorsque Steve est attaqué et laissé pour mort par de vilains espions industriels en quête des plans de fabrication d’une bombe à neutron, il sert de cobaye au sérum FLAG. Aussitôt, le voilà sur pied, prêt à en découdre avec les méchants.

Parmi les modernisations absurdes apportées au personnage, ce Captain America est désormais un motard. Il enfourche donc une bécane bleu blanc rouge qui rugit dans des nuages de fumée, tandis que son bouclier sert aussi de pare-brise et que sa panoplie moulante se complète d’un casque avec visière. Parfaitement ridicule, ce costume, qui n’apparaît qu’à vingt minutes de la fin du métrage, semble avoir été bricolé par des enfants au cours d’un atelier de travaux manuels ! Lent, besogneux, ce téléfilm prend tout son temps pour raconter une histoire absolument pas palpitante et s’efforce d’éveiller le téléspectateur par quelques scènes d’action filmées paresseusement, notamment une bagarre absurde dans une chambre froide, quelques poursuites automobiles sans éclat ou encore une fusillade pathétique dans une usine.

Au cours des « exploits » de Steve Rogers, on sent l’influence manifeste de L’Homme qui valait trois milliards, dans la mesure où chacune de ses démonstrations de force est soulignée par un effet sonore calqué sur celui qui a rendu célèbre Steve Austin. Funky en diable, la bande originale est signée Pete Carpenter et Mike Post. Le réalisateur Rod Holcomb, à qui nous devons justement plusieurs épisodes de L’Homme qui valait trois milliards, allait ensuite tranquillement continuer sa carrière sur le petit écran, participant en vrac à L’île fantastique, L’Agence tous risques, Lost, ou encore Les Experts.

© Gilles Penso
Thema:
SUPER-HÉROS