1972 - LE MORT-VIVANT

(Dead of Night/Deathdream)
de Bob Clark (USA)
avec Richard Backus, Lynn Carlin, Henderson Forsythe, John Marley, Anya Ormsby, Jane Daly, Michael Mazes, Arthur Anderson
 
L’utilisation du motif du zombie comme véhicule d’un discours politique et social n’est pas le seul apanage de George Romero. C’est ce que prouve Bob Clark avec cet excellent Mort-Vivant, qui détourne les mécanismes du cinéma d’horreur pour traduire le traumatisme des jeunes soldats incapables de se réadapter à la société après avoir vécu l’abomination des champs de bataille. Nous sommes dans une petite ville de Floride, et la famille Brooks attend fébrilement des nouvelles d’Andy parti guerroyer au Viêt-Nam. Si Charlie, le père, et Catherine, la sœur, ne se font guère d’illusions sur le destin du jeune homme après de longues semaines passées sans nouvelles, Christine, la mère, s’avère exagérément optimiste.
 
Un soir, un télégramme leur annonce officiellement qu’Andy a passé l’arme à gauche. Tous s’effondrent de chagrin, mais Christine finit par refuser la réalité. Pour elle, il ne peut s’agir que d’une erreur. Andy va revenir, elle en est certaine. Or le soir même, répondant à ses prières, le jeune homme est effectivement de retour. Passée la surprise, on tâche de se réhabituer à sa présence. Ce qui ne s’avère guère aisé, dans la mesure où Andy adopte un comportement de plus en plus étrange. Il ne mange rien, parle très peu et reste assis seul dans le noir à se balancer sur son rocking-chair. Car Andy est un mort-vivant au sens le plus strict du terme, c’est-à-dire un cadavre en sursis qui se maintient dans un semblant de vie en volant le sang des autres (à l’instar d’un vampire) et finira d’ailleurs par s’enterrer dans la tombe qu’il a lui-même creusée.
 
A l’une de ses victimes, il déclare : « je n’ai plus peur de la maladie, de la vieillesse, de la fatigue, de la faim ». Mais son état n’est pas enviable pour autant. Sitôt qu’il n’a pas sa dose de sang frais, prélevée à l’aide d’une seringue hypodermique, ses traits juvéniles se flétrissent et son visage s’altère progressivement. La lente décrépitude court ainsi en douceur tout au long du film. Ce sont d’abord des cernes sous les yeux, puis des rides envahissantes et d’étranges marques aux poignets. A l’issue de l’inexorable métamorphose, Andy arbore une figure de cauchemar. Ses yeux sont blancs, sa peau décomposée, son sourire carnassier et grimaçant. Ce maquillage saisissant, digne du grand Lon Chaney, est l’œuvre d’Alan Ormsby, qui signa également le scénario du film et joue même le petit rôle du témoin d’un meurtre. Son assistant est le tout jeune Tom Savini, futur créateur des zombies de Romero.
 
Le casting, impeccable, bénéficie du charisme de John Marley, qu’on venait de voir dans la scène mythique de la tête de cheval du Parrain, et qui livre ici la performance d’un père torturé par le changement irréversible de son fils, offrant au spectateur le seul véritable pôle d’identification. Le compositeur Carl Zittrer contribue grandement à l’atmosphère oppressante du film, proposant une musique « concrète » pour le moins originale à base de cordes trillées et frappées, de coups de violons intempestifs, d’accords plaqués au piano et de sons électroniques étranges. Bob Clark poursuivra sa carrière de metteur en scène en signant une poignée de films d’épouvante avant de bifurquer vers la comédie à l’occasion du mythique Proky’s.

© Gilles Penso
Thema: ZOMBIES