1960 - LES MAÎTRESSES DE DRACULA

(Brides of Dracula)
De Terence Fisher (Grande-Bretagne)
Avec David Peel, Peter Cushing, Yvonne Monlaur, Martita Hunt, Freda Jackson, Miles Malleson, Henry Oscar, Mona Washbourne
 
Dans la foulée de l’excellent Cauchemar de Dracula, Terence Fisher dirigea ces Maîtresses de Dracula au titre quelque peu mensonger dans la mesure où le suceur de sang imaginé par Bram Stoker n’y figure pas, au profit d’un autre comte vampire qui n’a rien à lui envier en matière de charisme et de férocité. Véritable chef d’œuvre du genre, éclipsant largement plusieurs « Dracula » officiels avec Christopher Lee, Les Maîtresses de Dracula bénéficie d’un scénario novateur qui multiplie les idées originales et s’offre de nombreuses variantes autour d’un mythe pourtant connu.
 
Nous y suivons les pérégrinations de Marianne Danielle, une jeune femme regagnant son poste d’institutrice de l’Académie Féminine de Badstein. Belle comme si elle était née sous la plume du dessinateur John Romita, Yvonne Monlaur incarne avec beaucoup de sensibilité cette demoiselle du 19ème siècle qui est amenée à passer une nuit au château transylvanien de la baronne Meinster. Excentrique et précédée d’une sinistre réputation, la vieille dame maintient enchaîné dans une pièce isolée son fils (David Peel), un séduisant jeune homme qui supplie Marianne de le libérer. La situation est suffisamment inattendue pour que le spectateur, à l’instar de l’héroïne, se demande un instant quelle attitude adopter. Qui croire ? L’étrange baronne qui déclare que son fils est dangereux, ou le beau garçon affirmant que sa mère est folle ?
 
Le phénomène d’identification fonctionne ainsi à plein régime, et lorsque Marianne décide finalement de libérer le fils Meinster, elle réalise bien vite la portée de son acte. Car notre homme est un vampire de la pire espèce, au moins aussi redoutable que Dracula malgré ses airs affables, ses cheveux blonds bien peignés et sa jolie cape bleu ciel. Dès qu’il est libre de ses mouvements, il vampirise sa mère et disparaît, tandis que Marianne, horrifiée, s’enfuit dans les bois et est recueillie au matin par le docteur Van Helsing. Ce bon vieux Peter Cushing n’apparaît ainsi qu’au bout d’une demi-heure de métrage, mais dès lors il porte presque tout le film sur ses épaules, emplissant tout l’écran de sa présence magnétique. Seul véritable lien avec Le Cauchemar de Dracula, Van Helsing mène l’enquête jusqu’au château des Meinster où il libère la baronne de son statut peu enviable de vampire.
 
Marianne, pour sa part, a rejoint son poste d’institutrice, mais elle reçoit bientôt la visite du jeune baron qui profite de son charme surnaturel pour la séduire et la demander en mariage. Au passage, il vampirise Gina, l’une des amies de Marianne, qui se mue dès lors en prédatrice bestiale. Incarnée par Andree Melly, une comédienne à la beauté étrange et au visage félin, cette femme vampire deviendra un des icônes du cinéma d’épouvante des années 60 et ornera de son envoûtante présence les affiches du film, aux côtés de David Peel qui trouva là son rôle le plus marquant. Au cours du climax, Peter Cushing mouille sa chemise, effectuant lui-même toutes les cascades nécessitées par son affrontement brutal avec Meinster, jusqu’à la mise à mort finale du vampire, fruit d’une idée scénaristique génialement inventive née de l’imagination fertile de Jimmy Sangster.
 
© Gilles Penso
Thema:  Vampires