1959 - L'HOMME ALLIGATOR

(The Alligator People)
de Roy del Ruth (USA)
avec Richard Crane, Beverly Garland, Bruce Bennett, Lon Chaney Jr, George Mac Ready, Frieda Inescort
Si le titre Alligator People évoque celui de Cat People (La Féline), les deux films n’ont en commun que la transformation de leur protagoniste en animal, le classique de Jacques Tourneur faisant appel à une malédiction ancestrale alors que celui-ci obéit au schéma plus classique des expérimentations d’un apprenti-sorcier. En ce sens, L’Homme Alligator se rapprocherait davantage de La Mouche Noire, sorti l’année précédente sur les écrans, avec lequel il présente en outre un autre point commun : la mésaventure du héros nous est narrée du point de vue de son épouse. Ici, il s’agit de la belle Joyce Webster interprétée par Beverly Garland.
Alors qu’elle s’apprête à partir en voyage de noces avec son époux Paul (Richard Crane), ce dernier disparaît sans laisser de trace. L’enquête longue et difficile qu’entame dès lors la malheureuse la conduit jusqu’en Louisiane, où elle fait connaissance avec le docteur Mark Sinclair (George Mac Ready). Féru de médecine expérimentale, cet éminent scientifique a trouvé un moyen miraculeux pour guérir les fractures et les défigurations apparemment irréversibles : un sérum contenant des glandes d’alligator. Le problème, c’est qu’au bout d’un an, les patients connaissent de fâcheux effets secondaires. Paul Webster est l’un des cobayes volontaires de Sinclair, car il fut jadis victime d’un terrible crash d’avion, et lorsque sa jeune épouse le revoit enfin, il est quasiment méconnaissable, son visage et ses mains étant désormais couverts d’écailles reptiliennes.
Fort efficace, ce maquillage est l’œuvre de Ben Nye (La Mouche Noire justement) et du jeune Dick Smith (future superstar des effets cosmétiques grâce à Little Big Man, au Parrain et à L'Exorciste). Acceptant de tenter l’essai de la dernière chance, Paul se soumet à des rayons savamment dosés par Sinclair. Mais l’intervention impromptue d’un autochtone passablement éméché (incarné par Lon Chaney Jr, le visage patibulaire et un crochet à la place de la main), ruine l’expérience. Et voilà notre pauvre cobaye affublé d’un torse écailleux et d’une tête d’alligator ! L’effet s’avère spectaculaire, même si le costume en latex plisse largement aux articulations… Il n’est pas improbable que Stan Lee se soit laissé influencer par ce script étonnant pour créer le personnage du Lézard, l’un des plus fameux ennemis de Spider-Man.
Serti dans un magnifique Cinémascope noir et blanc, L’Homme Alligators’est taillé une petite réputation de classique de la science-fiction et de l’épouvante. Reposant beaucoup sur la mise en scène soignée de Roy del Ruth (Le Faucon Maltais, Ziegfeld Follies) et sur l’interprétation solide de Beverly Garland, le film collectionne les séquences mémorables et surprenantes, comme lorsque Joyce traverse au beau milieu de la nuit un marais infesté d’alligator, en quête désespérée de son époux. Dommage que les scénaristes Orville Hampton et Charles O’Neal se soient sentis obligés de faire raconter l’histoire à l’héroïne sous hypnose, par le biais d’un inutile flash-back à tiroir empruntant quasiment le même procédé narratif que The Undead de Roger Corman.
 
© Gilles Penso
Thema: Reptiles et Volatiles