1951 - LE CHOC DES MONDES

(When Worlds Collide)
de Rudolph Maté (Etats-Unis)
avec Richard Derr, Barbara Rush, Peter Hansen, John Hoyt, Larry Keating, Rachel Ames, Alden Chase, Frank Cady, hayden Rorke
 
Chef opérateur de renom passé à la mise en scène à la fin des années 40, Rudolph Maté fut sollicité par le producteur George Pal pour diriger Le Choc des Mondes, adaptation du roman homonyme de Philip Wylie et Eric Balmer. Le film s’ouvre sur un extrait de la Bible, annonçant le déluge provoqué par Dieu pour laver la Terre de sa corruption. L’action démarre en Afrique du Sud. David Randall, pilote d’avion et coureur de jupons, s’y voit confier par le docteur Bronson des documents secrets qu’il doit remettre en main propre au professeur Cole Hendron. D'après Bronson, la planète Bellus, des centaines de fois plus grosse que la Terre, va entrer en collision avec elle dans huit mois, la détruisant totalement, précédée par son satellite naturel Zyra qui provoquera des raz de marées et des séismes.
 
Selon ses calculs, Bellus va percuter la Terre le 12 août à 9 heures, et Zyra provoquera des catastrophes le 24 juillet à 13 heures. Pour sauver quelques humains de la fin du monde, il faudrait bâtir un vaisseau et déménager sur Zyra. Ces théories sont ridiculisées au sein de l’ONU. « Prédire la fin du monde est une idée tordue à laquelle nous avons droit tous les ans », juge un confrère d’Hendron. « Simple tentative pour faire les gros titres des journaux ». Hendron réunit donc des capitaux privés pour construire une fusée capable de transporter 44 personnes (soit 3175 kilos), quelques machines et du bétail. Stanton, un milliardaire misanthrope qui veut sauver sa peau, donne la somme nécessaire pour finaliser le projet. Lorsque l’annonce du désastre est publique, la loi martiale est instaurée et les villes côtières sont évacuées.  
 
Passionnant d’un bout à l’autre, Le Choc des Mondes manque tout de même d’une dimension planétaire. Car la catastrophe qui s’abat à l’échelle de la Terre n’est jamais vraiment ressentie comme telle. On ne voit finalement qu’une poignée d’Américains faire face à la situation. Le film ne nous montre aucune scène de panique géante ou d’émeute, pas plus que le scénario ne s’avère très explicite sur la fabrication d’autres fusées ailleurs dans le monde. Même les séquences de tremblements de terre, d’éruptions volcaniques, de coulées de lave, d’incendies géants, de fontes des neiges, de tsunamis ou d’inondations, pour spectaculaires qu’elles soient, manquent de présence humaine, dans la mesure où les villes ont été désertées.
 
Du coup, les décors miniatures créés par Gordon Jennings révèlent facilement leur nature de maquettes. Tout comme les peintures visualisant les épaves de bateaux qui flottent dans un New York inondé ou le panorama final de la planète Zyra, dont le manque de réalisme et le statisme nuisent à la crédibilité du film. Restent quelques images fort impressionnantes, comme la fusée en cours de construction posée sur sa rampe de lancement (un beau matte painting) et un suspense éprouvant lors du tirage au sort désignant ceux qui auront le droit d’embarquer. Au moment du dénouement, la bande originale à base de chœurs et de cloches prend ouvertement une tournure biblique, tandis que l’écran s’emplit d’un texte sans équivoque : « Et le premier jour du nouveau monde commença ».
 
© Gilles Penso
Thema : Catastrophe